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Voyage en litanies



Il n’est pas nécessaire d’avoir le nez camus
Pour être révolté, en avoir plein le cul
Et ne plus supporter que d’aucuns se gobergent
En se tapant le ventre, en se tirant la verge
Quand une multitude ne trouve pas de quoi
Grignoter juste un peu, un brin d’herbe, une noix…
Quand une multitude ne trouve pas de quoi
Se vêtir, juste un peu, une loque, pour le froid…
Quand une multitude ne trouve pas de quoi
Se loger, juste un peu, quatre murs et un toit…
Quand une multitude ne trouve pas de quoi
Travailler, juste un peu, ou le fer ou le bois…
Quand une multitude ne trouve pas de quoi
Se soigner, juste un peu, ou le cœur ou le foie…
Quand une multitude ne trouve pas de quoi
S’abreuver, juste un peu, dans un verre, juste un doigt…
Quand une multitude ne trouve pas de quoi
Éduquer, juste un peu, ses petits, maladroits…
Quand une multitude ne trouve pas de quoi
Fuir assez, juste un peu, les combats qui les broient…
Quand une multitude ne trouve pas de quoi
Renverser, juste un peu, les tyrans ou les rois…
Quand une multitude ne trouve pas de quoi
Vivre aussi, juste un peu, et sans porter de croix…
Quand une multitude n’a plus guère d’autre choix
Que traverser la mer où l’on coule et s’y noie…
Quand une multitude n’a plus guère d’autre choix
Que de vivre en esclave pour celui qui l’emploie…
Quand une multitude n’a plus guère d’autre choix
Que d’être clandestins et sans cesse aux abois…
Quand une multitude n’a plus guère d’autre choix
Que dormir sur le dur même quand il fait très froid…
Quand une multitude n’a plus guère d’autre choix
De n’en avoir aucun et de savoir pourquoi
Cela comble de joie, d’aucuns, riches et narquois,
Qui se frottent la panse, se font tirer la verge,
Car c’est au paradis que ceux-là se gobergent.

30 mars 2012 / «® / ©»