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Je me souviens de vous. Sur de vastes polders Où je passai l'hiver, nous avions rendez-vous Ici, en Laponie, c'est encore l'été, Mais le vent a fraîchi et vous file l'onglée. D'autant que l'altitude ajoute aux effets Qu'induit la latitude. C'est vrai qu'il fait frisquet. J'aime bien ces sommets, balayés, dénudés, Où le sol est gelé. C'est là que je suis née Á l'abri d'un rocher de lichens incrustés, Avec cinq frères et sœurs, tous promis au bonheur, D'admirer les dryas, les anémones, les trolles… Sauf s'il arrive, hélas, qu'on nous capture en vol. Car ici, un faucon, à peine plus gros que nous, Son nom, Émerillon, nous trouve à son goût. Nous savons la prudence et savons nous défendre. Plutôt qu'à vous attendre, nous prenons nos distances. Je quitte ce plateau dénudé comme la lune. Je file d'un coup d'aile et regagne la dune Qui est en contrebas couverte d'ophioglosses, D'orchidées rabougries, où sont restés mes gosses. Ce milieu convient mieux à ma niche de linotte Je n'en dirai pas plus. Convenez qu'une litote Vaut mieux qu'un long discours et soyez donc curieux… Voyez ce que je mange… N'en croirez pas vos yeux.
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