|
Vous m'aviez rencontré en cette fin janvier Sur un pré inondé où je m'étais posé. Je venais d'Amérique, poussé par la tempête Qui vous avait bloqué au bord de la disette, Sur l'île Dumet où des hordes d'étourneaux Menaçaient de leurs fientes des cyprès de Lambert. Mais quelques cris de geai, les alarmant bientôt, Leur firent regagner leurs roseaux de Brière. Ce siècle avait déjà septante et une années. Le vent soufflait très fort sous les grains qui noyaient La pointe de Penvins. Les nappes phréatiques Débordaient de partout, libéraient l'aquatique Qui recouvrait les champs d'une nappe liquide Où des courlis cendrés jouaient les limacides. Des bécassines sourdes aux plumes retroussées N'avaient plus d'autres choix que vite s'envoler. Vous eûtes bien du mal à me déterminer. J'essayai volontiers au mieux de vous aider. J'étais bien fatigué après ce long voyage Et peu enclin, c'est sûr, à fuir devant vous. Vous auriez pu, sans peine, me prendre par le cou. Je vous laissai bien voir mes détails de plumage, La longueur de mon bec. Affamé, j'essayai, Comme les bécassines, de trouver à manger. Ce n'est qu'au lendemain, rentré au Muséum Que vous pûtes confirmer qu'elle était mon espèce, Mon genre, mon origine et tout le pataquès Qui intéresse tant, semble-t-il, quelques hommes Qui passent tout leur temps derrière des jumelles Á scruter longuement, sous toutes les coutures, Les plumes du croupion ou le dessin des ailes Des bêtes qu'ils rencontrent, libres dans la nature.
|