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Je surgis de partout et j'envahis la piste Au moment que choisit un camion pour passer. Il ne ralentit guère et laisse tout écrasés Des dizaines des miens aussi plats que des schistes. Je vais, je viens, je vas et je fais demi-tour. Je mords cruellement et à chaque détour, Ceux des miens que je croise, fussent-ils mes enfants. Sous des herbes couchées, je me glisse un instant. C'est pour mieux reparaître, m'en aller jusqu'au loin, Revenir sur mes pas et chercher un chemin Qui ne mène nulle part puisque je n'y vais pas Et rattraper les autres qui sont partis tout droit. Vous êtes-vous arrêté pour voir le spectacle Sûrement lamentable que nous offrons alors. Espérez-vous encore qu'arrive ce miracle Qui offre des séquences qui s'achèvent par nos morts Provoqués, c'est bien mieux, par de rares prédateurs Pour qu'il vous soit possible de les voir de vos yeux ? Mais sur des kilomètres et au bout de tant d'heures, Vous ne verrez passer que des labbes à longue queue. Mais vous ferez, j'espère, sur nos comportements Quelques observations qui vous feront savant. Tantôt hyperactifs, subitement poussifs, Nous sommes, c'est évident, maniaco-dépressifs. Il nous manque quelque chose. Nous ne savons pas quoi. Peut-être du phosphore comme pour les droséras. Vous pourrez remarquer que nos pullulations Sont assez limitées dans l'espace et le temps. Qu'elles n'affectent tout au plus que quelques colonies Où ne plus rien ne fonctionne, sinon la tragédie Qu'on exporte en migrant vers d autres colonies, Comme vecteurs d'infection ou comme épizootie. Vous n'en saurez pas plus. Nous gardons nos secrets. Vous gardez bien les vôtres au fond des cénotaphes Que les guerres, les famines remplissent de réfugiés... Et trois mots au vingt heures en guise d'épitaphe !
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