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Le lagopède alpin (Lagopus mutus)


Seriez-vous un oiseau pour marcher sur deux pattes ?
Mais vos plumes kaki ne sont pas adaptées
Au gris de ces rochers sur lesquels vous marchez.
Je vous ai vu de loin. Vraiment, vous m'épatâtes.

Vous seriez donc un homme ! Ils me sont inconnus.
Ma montagne, il est vrai, est assez éloignée.
Personne ne vient ici à moins d'être perdu.
Personne jusqu'alors ne s'était égaré.

J'avoue, vous excitez, fort, mes curiosités
Et plus encore, sans doute, celles de mes enfants,
Tout habillés de fauve et des chaussettes aux pieds
D'où dépassent des griffes, toutes noires, vers l'avant.

J'ai beau glousser doucement. J'ai beau les appeler.
Il n'y a rien à faire… vers vous, ils vont aller,
Escalader des buttes et culbuter souvent,
Revenir à l'abri sous l'aile de maman,
D'où ils ressortent vite, pour courir après vous
Qui restez immobile, assis ou à genoux,
Sortez de votre sac, un vieux biscuit tout mou,
Le répandez en miettes, fines, autour de vous...

On dirait que c'est bon. Je n'irai pas goûter.
Mes poussins les picorent et se secouent la tête,
Ce qui a pour effet de projeter la miette
Restée collée au bec sans qu'ils puissent l'avaler.

Vous auriez pu savoir que jamais des biscuits
Ne seront aliments pour lagopèdes alpons...
Autant parachuter, de préférence la nuit
Des boîtes de lait pour leur faire des biberons

Mon mari, plus prudent, depuis longtemps s'inquiète.
Plus haut dans les rochers, je n'en vois que la tête
Et puis j'entends ses cris, insistants, qui m'alertent.

Vous devriez comprendre. Votre présence embête.

*