|
Je vous croyais bien mort, allongé sur la roche, Couverte de lichens, verts ou jaunes, incrustants. Dormez-vous, simplement ? Doucement, je m'approche, Me balance, me dandine et reste hésitant. Le vent retrousse un peu mes très longues rectrices. Avec mon béret noir, bien posé sur l'avant, J'ai l'air d'un paysan ou d'une cultivatrice, Car mon sexe est secret sauf pour mon bel amant. Si vous étiez cadavre, j'aurais de quoi nourrir Une douzaine d'enfants. Mais je n'en ai qu'un seul. J'avais pondu deux œufs. Mais c'est dans un linceul Qu'un des petits sommeille. Il lui fallut mourir. Cette année, les lemmings furent absents ou bien rares. Alors, la rage au cœur, je dus me résigner Á donner à manger seulement à l'aîné. Car même en prospectant plusieurs milliers d'hectares, J'eus du mal à trouver suffisamment de proies Pour satisfaire sa faim, pour qu'il devienne gras Et assure à son tour, d'une vie, l'aventure, Ses fonctions dans la niche, au sein de la nature. Maintenant c'est facile. Tout plein de campagnols Et de petits oiseaux, totalement immatures, Meurent facilement, à la moindre blessure Et s'il le faut, je sais aussi les prendre au vol. Je sais que vous savez où mon petit se cache. J'avoue, je n'aime guère que vous en approchiez. Si le faites, je vous jure, je vous attaquerai. Le crâne, je vous le fends et les yeux, les arrache. Vous le ferez quand même bravant notre interdit. Mon petit est en boule, il souffle comme un chat, Il s'habitue bien vite, il devient votre ami Et content, nous appelle, c'est l'heure de son repas. Nous n'approcherons pas ! On ne vous connaît pas !
|