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Le traquet isabelle (Œnanthe isabellina)


Il pleut et le village où vous étiez hier
Est entièrement détruit. Le tremblement de terre
A tout enchevêtré : le bois, la boue, les pierres,
Les cadavres des hommes qui ont quitté l'enfer.

Mais jugement d'oiseau a-t-il quelque valeur ?

Dire que la mort des hommes leur soit une délivrance,
Voudrait que l'on me croie froid, cynique et sans cœur…
Ce pays manque de tout, même de providence.

Tout est pauvre et stérile, comme oublié des Dieux.
D'ailleurs croire qu'ils existent, c'est se voiler les yeux.
Á quoi sert donc aux hommes qu'ils implorent les cieux,
Quand ils n'ont que le pire, ne peuvent espérer mieux.

Si fait, même les oiseaux souffrent ici de misère
Et doivent se contenter de quelque insecte amer
Qui se laisse dévorer tellement il a faim,
Se serait suicidé, c'est sûr, avant demain !

Sur la steppe, seules les pierres n'oublient pas de germer.
Les graines, quant à elles, se cachent dans leurs capsules
Et gardent à l'abri, tout petits, minuscules,
Leurs deux cotylédons attendant l'I.V.G.

Quant à nous, il faut bien qu'on vous parle un moment.
Je sais, vous n'avez guère la tête à l'agrément…

Si les Dieux furent distraits oubliant nos couleurs,
Les hommes ne firent pas mieux.

___________________Comprenez ma rancœur.
Qu'ils me nomment isabelle ne m'est pas agréable…
Quand une reine d'Espagne oublie de se laver
Et garde sa chemise vingt ans sans la changer…

J'aurais bien mieux aimé qu'on m'appelle traquet sable.

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