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Ich bin ein Pâtureur !


Les moutons et les bœufs finiraient bien, c'est sûr,
Par tous s'entretuer au pays des Pâtures.
Partout, où que l'on aille… Qui qu'on interrogeât…
Les bêtes qu'on croisait, unanimes, n'aimaient pas
Ce que Virus* faisait du pays, de ses gens
Où rien ne compterait davantage que l'argent.

Pourtant dans les journaux, au bocal à poissons
Ou bien encore dans les sondages d'opinion,
On découvrait toujours, avec grand étonnement,
Que Virus, quoi qu'il fasse, bénéficiait souvent
D'un nombre bien plus grand de soutiens favorables
Que ce qu'on aurait cru qui soit encore croyable.

Il y avait donc des traîtres, des jaunes et des judas !
Des bêtes qui disaient ce qu'elles ne pensaient pas.
À moins que les journaux, le bocal à la botte,
Ne mentent effrontément et tiennent pour des sottes,
Les bêtes des Pâtures toujours abasourdies
Qu'on ait pu les vider de tout sens de leur vie.

Députés et barbons étaient des godillots.
Ce n'était pas franchement quelque chose de nouveau ;
Qu'ils soutiennent Virus, soient dans l'opposition,
Ils ne pensaient jamais qu'à leur réélection.
Qu'importe, finalement, que toute la société
Se délite, parte en couille, finisse désagrégée,

Ils savaient qu'ils pourraient encore bénéficier
De leur position qu'ils avaient su préserver,
Loin des vicissitudes qui frappent la populace.
Ils savaient également qu'à la moindre menace
Les forces policières sauraient les préserver
Et fassent qu'ils demeurent toujours privilégiés.

Rien ne les empêchait de voter n'importe quoi.
Même sans muselière, ils resteraient sans voix,
Celles-là mêmes qui profitaient à Virus
Assuré de jouir, pour longtemps, d'un quitus
Dont il abuserait afin que son pouvoir
Ne ressemble bientôt plus qu'à son seul bon vouloir.

" Le dimanche, pas de repos, il faudra travailler…
Les poissons du bocal, il faut les humilier…
Les pépettes à la Poste, il faut les lui piquer…
Les escrocs de la banque, il faut les renflouer…
Les pauvres dans les rues, il faut les éloigner…
Les riches, pas assez, il faut les dorloter…
"

Les moutons et les bœufs, impuissants et hagards,
Pensaient confusément qu'il était déjà tard.
Beaucoup croyaient le temps venu pour la révolte.
Beaucoup se demandaient, aussi, quelle récolte
Ils pourraient espérer pour tous, pour la nation
Quand tous sentaient monter pour tous la suspicion ?

Le peuple des Pâtures perdait toute confiance.
Les valeurs sociétales avaient un goût de rance.
Sans brique et sans ciment, Virus avait monté
Un mur infranchissable pour que la société
Soit inégalitaire, au profit des plus forts
Sans qu'il soit besoin de construire des miradors.

Le peuple des Pâtures n'aura pas d'autres choix
Que celui d'un massacre à très grands coups d'épois,
Dès lors que le gazon manquera dans les prés,
Ou qu'il sera trop cher, ou tellement pollué,
Que seule la mélamine aura assez de goût
Pour différer d'un jour sa noyade dans l'égout.


18 décembre 2008 / «® / ©»




* Virus est l'actuel président des Pâtures.