|
Des arbres gigantesques ont perdu l'équilibre Et forment des chablis tout recouverts de mousses, Juste au-dessus des vases où presque rien ne pousse, Qu'un carex oublié et qui a pu survivre. Se sont-ils assoupis comme s'endorment les vieux, Trop fatigués d'avoir trop regardé les cieux Où des nuages se pressent de devenir pluvieux, Passant sans déverser la colère des Dieux ? À moins que ce ne soient les tremblements de terre, Qui frissonnent les herbes d'une caresse légère Comme la main sur le sein de l'amante qui défaille, Et les ont renversés, courant le long des failles. Un butor étoilé s'est pris d'une passion Pour des petits têtards et des petits poissons Prisonniers d'une mare qui, comme peau de chagrin, S'évapore doucement en attendant un grain. Des cormorans pygmées pêchent dans le bras mort D'un fleuve qui s'est perdu du temps où l'ichtyosaure Remontait ses eaux troubles, peuplées de cœlacanthes. Vous ne me croyez pas. Vous croyez que j'invente ? Auriez-vous donc perdu tout votre imaginaire ? Tous les oiseaux d'ici font partie du bestiaire Des monstres préhistoriques des livres de votre enfance, À l'époque où la mer couvrait toute la France. Voyez tous ces hérons, ces butors, ces aigrettes Ou bien ces pélicans qui jouent à faire trempette. Il n'est pas loin le temps où l'archéoptéryx Dans le jardin des Dieux se prenait pour Phénix. Et puis regardez-moi quand je marche sur des branches Aussi fine que le doigt dépassant votre manche. N'ai-je pas l'air d'un reptile venu du monde perdu Dont Doyle disait qu'il est, aux hommes, défendu ?
|