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L'hypolaîs ictérine (Hippolais icterina)


Je vous connaissais bien comme visiteur d'été
En Europe du Nord. Un peu moins, il est vrai,
Dans un parc embrumé de la ville de Sofia.
Embrumé, si l'on veut… ce mot ne convient pas.

C'est vrai qu'il avait plu sur le sol réchauffé,
Et l'évaporation entraînait les fumées des taxis,
Des camions aux moteurs déréglés.
L'économie marxiste vous était dévoilée.

Vous cherchiez des levas.
_________________À cette époque-là,
Dans les pays de l'Est, les cartes de crédit
Ne valaient pas kopeck ou bien maravédis.

En cherchant une banque, on vous fit mille fois
Propositions honnêtes de taux avantageux
Pour échanger vos marks, vos jeans ou vos lacets,
Le tube de dentifrice et la boîte de pâté
Qui vous auraient fait vivre un mois, peut-être deux.

Je vivais dans un parc. Cette ville en compte cent,
Peut-être davantage, des petits et des grands.
Et l'odeur des fumées est partout entêtante.

Je ne fréquente pas le sol, les plates-bandes,
Sinon il me faudrait une bouteille d'oxygène,
Un masque respiratoire, une transfusion sanguine.

Mais tout ce matériel, forcément ça me gène
Surtout pour ma chanson, que d'une branche, baragouine,
Sans me soucier le moins qu'on me voit, qu'on m'observe.

Mais les passants bulgares ne s'arrêtent jamais,
Ne parlent pas entre eux… Alors à l'étranger…
Il faudrait qu'il comprenne, de partout, qu'on l'observe.

Délation, suspicion sont deux sports favoris
Des pays communistes. Quant aux provocations,
Distinguer la police clairement des mafiosis,
Vaut mieux ne rien comprendre, jamais, sans exception.

Vous vous êtes arrêté juste au pied de mon arbre
Et planté vos jumelles pour bien me détailler.
Une minute passe à peine, déjà un policier
Vous dit de circuler ignorant vos palabres.

Que niet paniemajo ! Vous lui montrez l'oiseau.
Il hausse les épaules et repart convaincu
Que tout les Franssuski sont sûrement bargeots.
Il s'éloigne en frisant les poils de sa moustache.

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