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La huppe fasciée (Upupa epops)


Cela fait trente années que je ne niche plus
Du côté de Villaines, dans les champs de Grignon
Et de la Breneudière, car les champs à mouton
Sont plantés de maïs… alors, j'ai disparu.

J'aimais bien l'herbe rase, soigneusement broutée,
Soigneusement fumée. À la fin de l'été,
Vous veniez ramasser des champignons rosés
Dans des paniers à coimes qu'étaient lourds à porter.

Aux rosés quand ils naissent, je suis déjà partie…
Mais on m'a raconté avec force détails.
C'est sûrement l'écorcheur qui vous aura surpris,
Quand vous traîniez les champs où broute le bétail.

Le bétail, voyez-vous, paît et puis digère,
Grâce à des bactéries, des sucres très complexes…
Mais même les Clostridium, les Vicérobacter
Ont sûrement des limites. Tans pis si ça les vexe !

C'est pourquoi le bétail et tous les animaux,
Crottent, bousent ou bien chient, quantité de cagances…
Elles vous infectent le nez… aux insectes sont fragrances,
Forcément, ils s'y pâment comme si c'était gâteau.

Des mouches coléoptères y pondent leurs asticots
Qui tortillent du derrière comme danseuse en vélo…
Gras, amers à souhait et qui auront tôt fait
De nourrir mes petits dès que je les ferai.

Mon nid, je l'ai caché dans une vieille émousse,
Adossée de son mieux à la ruine branlante
Qu'un miracle soutient ; ou figée par la frousse
Et des gros pieds de lierre aux cimes retombantes.

Caché, c'est vite dit, au début, à vos yeux,
Mais au nez, sur la fin, on peut faire beaucoup mieux…
Mes petits sentent le musc et la viande pourrie.
Ça éloigne les fauves amateurs de tueries.

Mais mon nid reste propre autant qu'il puisse l'être,
Sauf si vous pointez votre nez à la fenêtre,
Car alors mes petits vous visent et vous projettent,
Une merde odorante qui brouille vos lunettes.

Dès qu'ils sauront voler, nous irons dans les prés
Capturer des insectes et les jeter en l'air
Et puis les rattraper juste au fond du gosier.
C'est à cause de ma langue, courte, presque sommaire.

Et puis vers le quinze août, nous serons toutes parties
Pour des contrées lointaines, après le Sahara.
Mais dès la mi-avril, vous entendrez nos cris
Et verrez nos mimiques si on ne vous voit pas.

Car il en est pour nous comme de tous les oiseaux,
Pour percer nos mystères, il faut le mériter,
Savoir être discret et se faire accepter,
Rester à la distance qu'imposent les bestiaux.

Vous devriez le dire aux ornithologistes,
Qui passent leur temps au prétexte qu'ils nous aiment
Á nous faire envoler, alors qu'on se promène
Ou qu'on cherche à bouffer… On n'est pas des touristes.

Tout ce temps que l'on perd, à fuir nos repères,
C'est des petits moins gras puisque moins bien nourris…
C'est vrai pour les chevreuils qui font des abroutis.
Alors de temps en temps, laissez-nous donc pépères.

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