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Je suis arrivée là, et ma famille aussi, Pour vous voir de très près ; Et pour que mes enfants, à peine sortis du nid, Sachent enfin ce que c'est Que la race des hommes et surtout s'en méfient. Vous me pardonnerez. Je vous connais assez. Vous n'êtes pas mon ennemi et si vous êtes planqués Au flanc de la corniche, dans une espèce d'abri Qu'il nous faut survoler Et survoler encore pour qu'on devine ainsi Que vous vous distinguez Des herbes ou des fougères qui poussent dans les granits, C'est que vous espérez Que les biches et les faons qui sortiront la nuit Passeront là, tout près. Á peine entendrez-vous, de leurs pas, quelque bruit, Une branche cassée, Quand elles circuleront au travers des semis De pins encore bébés. Bien sûr, elles auront peur, mais prendront leurs viandis Dès qu'elles seront calmées. Voyez comme ils sont beaux mes encore tout petits, Á qui je vais montrer Comment chasser mulots, campagnols et souris. Devrais-je préciser que le chaos de grès Que vous avez choisi comme poste de guet, Il est aussi le nôtre. Il faudra aujourd'hui, Que nous fassions bon gré Contre mauvaise fortune. Même si la lune luit, Quand il faut repérer Les minuscules proies, seulement à leurs cris… Une place élevée Favorise beaucoup toutes nos stratégies. Quelques souches entassées, Là-bas, telles reliques, serviront de vigie. Pourrions-nous espérer, si vous nous revenez, Serez assez poli, votre affût, d'en changer ? Je sais ou je devine que vous avez compris Qu'il ne faut déranger, Ni les bêtes sauvages, ni les oiseaux de nuit, Car leur intimité Est la seule condition pour qu'ils demeurent en vie. Toute atteinte leur serait Fatale, sûrement et je vous remercie Enfin de vous bouger Et d'aller voir ailleurs, d'aller voir si j'y suis ! Vous pourrez observer L'engoulevent, le renard ou la chauve-souris. Je vous fais remarquer Que ce mammifère-là, s'il est un peu souris, Nous l'aurions appelé, car nous sommes cultivées, Plutôt chouette-souris. Ce serait bien plus bath ! S'il en était besoin, vous prouverions aussi Que même en anglais, Nous calembourrons bien. L'imbibé de whisky, Sachez, nous a appelée Owl, c'est bien normal. C'est même chouette, mais, tawny ? Je n'aime pas les cités Comme ma cousine effraie. Je préfère où je vis : Les bois et les forêts qui m'offrent des abris Où je rêve assoupie toute la sainte journée. Je ne crains pas le jour, mais des oiseaux, les cris, Qu'ils ne cessent de pousser Sitôt qu'ils me repèrent, même dans mes abris… Ils me cassent les pieds, Me houspillent constamment et me rendent aigrie ! La nuit inverse les rôles. Alors, je tue sans bruit Ceux qui m'ont enragé. Mais, je le fais sans haine et sans remords, nenni.
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