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L'huîtrier pie (Hæmathopus ostralegus)


Je me suis installé sur un îlot rocheux
Á peine séparé de la grande île d'Ouessant
Par un petit goulet où un très fort courant
Entraîne votre barque qui manque de bien peu
De sombrer corps et bien et dans les laminaires,
Finir par vous noyer, envoyer aux Enfers...

L'enfer s'émeut au bruit de Neptune en furie ;
Pluton sort de son trône, il pâlit, il s'écrie :

__ Plutôt dans un casier à nourrir des tourteaux,
Un peu de mayonnaise et un verre de chablis,
Si les crabes sont bons, son âme au paradis
Et réappâtez donc tant qu'il reste des os !
__

Sur mon îlot rocheux, vous réussîtes enfin
Á aborder avec votre débarcation,
Á vous prendre les pieds et vous casser le fion
Sur des roches fuqueuses en granit à grains fins.

Car mon îlot rocheux est couvert de guano
Et grimper jusqu'en haut sans vous aider des mains,
C'était assurément éprouver le malin
Lequel n'attend que ça pour vous faire la peau.

Tout maculé de fientes, vous parvenez en haut.
Un goéland marin pique sur votre tête,
Manque vos yeux de peu, bascule la casquette
Qui roule, mais s'arrête, à ras, au bord de l'eau.

Vous avez le vertige du haut de ces falaises,
Car l'océan s'agite et vous met mal à l'aise.
Vous tenir sur vos pieds, c'est quasi impossible.
Regarder vers le bas, c'est franchement pénible.

À peine si des phoques, qui sommeillent sur la roche,
Attirent votre attention. Leurs têtes de mailloches
Se sont tournées vers vous. D'une longue secousse,
Elles plongent en premier dans l'océan qui mousse.

Je viens heureusement avec mes tout petits,
Fortement charpentés, en duvet fauve et blanc.
Curieux comme des pies ou comme les enfants,
Ils s'approchent de vous, en dépit de mes cris.

Bien sûr, je les préviens. Je ne vous connais pas.
Vous semblez une loque et pas bien dangereux...
Mais qui pourrait me dire que vous n'êtes pas un chat,
Ronronnant doucement, tout en restant fielleux.

Mais bientôt mes poussins saisiront le parti
De filer dans les roches, de sauter dans la mer,
De prendre le courant, me suivre par derrière,
D'accoster plus loin dans une anse à l'abri.

Je reviendrai bientôt sur mon île rocheuse,
Avec mes trois petits, car avec la marée
Tous les courants s'inversent. On se laisse porter,
Puisqu'on flotte bien mieux qu'une bouée toute creuse.

Il faut bien que j'entraîne mes jeunes rejetons,
Aux embruns ou aux vagues, aux tempêtes et aux vents.
Nous sommes, des oiseaux, ceux qui affronteront
Au plus près l'élément quand il va déchênant.

J'aime moins les zéphyrs, les brises, les alizés,
Qui retroussent mes plumes, me font froid dans le dos.

J'aime les vents violents et les caps avancés
Que je partage aussi avec des bécasseaux.

Je préfère les violets. Ils ont bon voisinage
Et toujours des histoires de croisière au long cours,
Recueillies, çà et là, au cours de leurs voyages
Qu'ils racontent volontiers, la nuit comme le jour.

L'une d'elles concerne une perle si rare,
Si fine et transparente qu'on l'aurait crue en eau.
Elle fut volée aux fées par un oiseau bavard,
Noir et blanc comme moi, qui la perdit sitôt.

Les Dieux, fort irrités par les fées qui hurlaient
Et surtout menaçaient de se rendre invisibles,
Nous firent un procès au prétexte plausible
Que nous ressemblions à ce coupable oiseau.

Alors, il paraît que depuis ce temps, hélas
Tous les jours, sans citron, même les mois sans R,
Ni non plus l'estampille collée par IFREMER,
Nous ouvrons les bêtes qui sécrètent des perles,
Survivent dans les algues où les vagues déferlent,
En filtrent le plancton lequel les fait bien grasses.

Si vous ne croisez plus jamais aucune fée,
C'est bien sûr que la perle, nous ne la trouvons pas.

Mais qu'on la croise, sachez, qu'on ne la verra pas.
La raison en est que lorsqu'on accuse à tort
Un forcément coupable pour le moindre méfait,
Au prétexte qu'il a une vague ressemblance
Avec ceux dont on croît qu'ils ont mauvaise engeance…

Pensez-vous qu'il y a motif au moindre effort ?

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