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L'hirondelle rousseline (Hirundo daurica)


Sauf si mes souvenirs trahissent ma mémoire,
Je fus en Aragon où vous pûtes me voir,
La première des espèces de la terre espagnole
Á me montrer à vous, même de loin, même au vol.

Vous ne tarderez pas à repérer mon nid,
Collé sous le plafond d'un barrage en béton,
Qui ferme un embalse d'où les eaux, les limons,
Pour arroser les champs, par des canaux, s'enfuient.

Mon nid est remarquable, j'allais dire une merveille.
L'idée m'en est venue en voyant un igloo,
Mais je l'ai fait de boue pour qu'elle sèche au soleil,
De salive pour colle et surtout pas un clou.

Je chasse volontiers juste au ras des rochers,
Mais l'espace est déjà envahi, occupé.
Je chasse volontiers la surface des eaux,
Sitôt que je peux y aller incognito.

Les niches d'hirondelles sont affaire d'espace.
Pour ne pas déranger mes cousines, je m'efface
Et reste solitaire, assez loin de la terre,
Á poursuivre les mouches jusqu'à la stratosphère.

Un peu moins haut, sans doute, j'avoue que j'exagère.
Il m'arrive souvent, avec mes congénères,
De voler de conserve, sitôt qu'elles me tolèrent.
Mais c'est moi qui m'ennuie et m'en vais la première
Au premier courant d'air qui sent déjà l'hiver.
Je m'en vais en Afrique, rejoindre l'Atlantide.
Là-bas, je suis tranquille, car même un intrépide
Ne saurait me trouver au-delà des déserts.

*