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Le faucon hobereau (Falco subbuteo)


Je suis arrivé tôt. Cette année, bien trop tôt !
Il ne fait pas bien chaud, De plus, il pleut à seau.

Les insectes sont rares. Les oiseaux babillards
Ont tous pris du retard pour pondre leurs moutards.

Je n'ai rien à manger. Je suis bien embêté,
Obligé d'explorer une vaste contrée pour espérer trouver
Un hanneton crevé, un carabe doré, un oiseau égaré.

Pour l'heure, les libellules font encore des bulles
Dans l'eau fraîche qui circule autour des renoncules.

J'attends que ma femelle, restée à Compostelle
Et malgré tout fidèle, arrive à tire-d'aile.

Mon amour le lui scelle, sans passer par l'autel,
Avec une hirondelle qui seront ribambelles
Si le printemps décide que l'hiver prenne des rides ;
Que les éphémérides amènent le torride,
Réveillent les arachnides, éclosent les chrysalides,
Que volent les piérides et que cesse l'humide.

Alors je lui ferai : la chandelle dans le ciel,
Le vol sur le côté. Je m'approcherai d'elle,
Lui montrerai le nid qu'une corneille a construit ;
Lui dirai quelques cris parmi les mieux choisis
Pour qu'elle ponde trois œufs qui, au bout de dix jours…
- Enfin, si Dieu le veut - ou bien sans son secours…
Donneront trois piteux, tout d'abord duveteux,
D'aucuns diront hideux, voire même souffreteux,
Bien vite belliqueux et guère partageux.
Ils vont vivre crasseux dans des miasmes juteux
De reste de rouge-queue ou bien de hochequeue,
D'étrons verts et chiasseux, d'innommables visqueux.

Au bout d'un mois pourtant, ils partent en volant
Dans les arbres alentour, en veillant que l'autour
Ne les gobe avant que soit venu le temps
De regagner l'Afrique. J'hiverne au Mozambique.

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