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Le hibou des marais (Asio flammeus)


Des lièvres s'indiffèrent car le rut les tracasse.
Ils courent dans tous les sens et se montent dessus,
Se boxent et puis s'arrachent les poils du pardessus.
Ce jeu est-il celui qu'on appelle pancrace ?

Des outardes canepetières paradent sur leurs estrades.
Les œdicnèmes criards, sur des crottes de lapins,
Couvent sans impatience, attendant leurs poussins.
Un mâle bruant proyer lâche sa pétarade.

Ma lande xérophile, beauceronne de surcroît,
Ondule dans l'air chaud qui mirage au lointain.
Quelques genévriers s'épuisent, mais en vain,
Pour deux ou trois baies grises qui ne mûriront pas.

Moi, j'aime bien ma lande où l'herbe est encore rase.
J'y marche au pas de l'oie, balançant les épaules.
Ça fait plus d'un mois que, chaque jour, on se frôle,
Vous qui nous observez… (C'est comment votre blase ?)
Et nous les animaux dont la tâche est ingrate.

Il nous faut assurer, par divers stratagèmes,
L'équilibre précaire sur cet écosystème.

Moi, je mange des souris. Faut que je les cravate !

Toute la sainte journée, j'arpente mon domaine
Ou bien je le survole à la manière busard,
Avec circonspection, méthode et par hasard.
Que je vois un rongeur… et c'est sa mort soudaine !

Sans souffrance non plus, nous n'avons pas de haine.
Nous remercions les Dieux chaque fois qu'on y pense
Ou quand on est repu et bien pleine la panse.
Car manger à sa faim, tous les jours, quelle aubaine !

Cette année, j'ai nourri cinq petits grassouillets,
Car les lapins pullulent et la myxomatose
Rend beaucoup plus facile l'accession au glucose.
Me verriez-vous ouvrir des petits pots Gerbet ?

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