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L'herbe grasse et humide est bien douce à mes pieds Quand j'arpente, doucement, ce polder hollandais Où paissent des vaches pie, au génome modifié, Qui participeront, en dépit de leur gré, À la surproduction, au stockage du lait Que l'Europe distribue aux enfants des écoles Tant que ça rapporte davantage que la colle, Bientôt gratuite pour qu'ils puissent la sniffer. Un lièvre remplit sa panse de gaz méthanisés Avec des graminées que l'on vient de traiter Aux hormones de synthèse, du genre 2-D 4-T, Pour qu'elles poussent plus vite, sans être empoisonnées. C'est drôle, mais les grenouilles sont davantage ridées, Et de plus en plus rares, plus dures à digérer. Quelquefois, je vomis dès la première bouchée Ou bien la tête me tourne. Il me faut me coucher. Peut-être, me trompé-je ?... Je me sens mal barré Entre plomb du chasseur qui dit me détester Et tonnes de poisons, par camions, déversées. Je passerai le siècle, mais pas le millénaire À moins qu'on ne décide de me faire un statut Qui me protège enfin, m'amène centenaire ; Qu'on me laisse des étangs et des roseaux dessus Pour pondre des enfants, qu'ils perpétuent l'espèce… Sinon, c'est au musée, à côté de Ramsès, Qu'on viendra admirer mes momies empaillées... Sauf à imaginer les hommes éradiqués !
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