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L'hermine (Mustela mustela)



Quelle idée vous a pris de venir stationner
Aussi près des cailloux entassés en pierrier
Sous lequel je dispose d'un réseau compliqué
De chambres confortables où je peux reposer ?

Quelle idée vous a pris de venir vous asseoir
Sur le haut du pierrier et, de là, regarder
Sur le lac, qui se grise et de rose irisé,
Des plongeons affairés puisque tombe le soir ?

Quelle idée vous a pris d'attendre aussi longtemps
Que la bécasse croule et que les chevaliers
Se cachent dans les moraines et les galets usés ?
Au pas, sous les sapins, s'approchent des élans.

Et quelle idée j'ai eue de quitter mon pierrier ?
Vous fûtes, pour un instant, une révélation.
Enfin, l'espèce humaine osait poser les pieds
Et fouler mon domaine sans une hésitation.

Vous aviez, je suppose, été immunisé
Contre tous les moustiques qui vivent en légion
Et rendent impossible la vie dans ces régions,
Depuis tôt le matin, jusqu'à ce qu'il soit couché.

Et quelle idée j'ai eu de m'approcher de vous ?

Des fragrances inconnues semblaient flotter sur vous.
Il fallait que j'en sache, à tout prix, l'origine.
Alors, plus de cent fois, j'approche, me débine,
Je me montre, je me cache, j'arrive à vos bottes
Qui ne puent que l'humus et même pas la crotte…
Vos pantalons, la sueur et la crasse mélangées,
Votre pull, une tache de sauce de cassoulet…

Quel moustique m'a piqué de vous sentir la barbe ?

Elle sentait le goudron et les herbes brûlées
Et votre bec en bois, encore bien plus mauvais.
Je crus que je rompais mon artère myocarde.
Une bouffée de plus et mon dernier soupir,
Je l'aurai vite rendu tout contre votre cœur.

Dans un dernier sursaut et un peu de bonheur,
Je regagne mon pierrier où il fait bon s'enfouir.

Un crapaud centenaire qui habite en ces lieux,
M'affirma que j'avais rencontré un dragon,
Sans doute le dernier, encore sous les cieux…
Que lui en avait vu quand il était garçon !

*