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Le hérisson (Erinaceus europaeus)



Bien que je fusse sauvage et de mœurs nocturnes,
J'aimais bien en plein jour, courir dans votre turne.
Je fais en trottant un bruit de machine à coudre…
Normal, puisque je suis tout recouvert d'aiguilles !

Je n'aimais pas vos chiens, tout prêts à en découdre,
Non plus votre furet, souple comme une anguille.

J'aimais bien les jardins que bêchait votre père.
Ils s'ouvraient sur les champs par un chemin de terre.
J'y trouvais des carabes ou bien des courtilières,
De la soupe au lait dans une coupe de verre.
Sitôt qu'on la servait, j'arrivais ventre à terre…
J'avais même un abri pour y passer l'hiver.

J'étais dame, comme telle, à la fin du printemps,
J'accouchais dans la paille de mes très beaux enfants,
Nus et roses, amauroses et tout mous des piquants,
Un tout petit museau encore privé de dents
Pour téter mon lait riche en sucre et protéines...
Il était trop tôt pour qu'ils goûtent la chitine !

Il fut un temps, jadis, où le peuple hérisson
Vivait encore heureux et il était légion.
Mais vinrent les bagnoles et leurs roues pneumatiques
Le laissant écrasés, les tripes répandues !
Plus d'un million des miens en payent le tribut
Par année que Dieu fait et bientôt sabbatique…
Comme pour les chevêches ou bien les dinosaures,
On m'éteint, m'éradique. Voilà mon triste sort.

Je suis presque inconnu sur bien des territoires
Où j'étais des centaines quand arrivait le soir.
On me voit moins souvent écrasé sur l'asphalte…

Pour bouffer vos insectes, faudra des suricates !

Faudra-t-il que je vive, mais caché dans les feuilles
Tout en haut dans les arbres avec les écureuils ?

Pour me déplacer que j'utilise les lianes
Et surveiller vos routes du haut des canopées
D'où je compterai tous vos morts et vos blessés,
Lisant l'Apocalypse…

______________Mais celle selon Jean Yanne !

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