La harelde de Miquelon : Clangula hyemalis
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La harelde de Miquelon (Clangula hyemalis)


Nous nous étions croisés, au bord de l'île Dumet.
Je m'étais abritée d'une tempête qui soufflait
Depuis début janvier et vous avait bloqué,
Tout comme Crusoé, en exil obligé,
Sans plus rien à manger. Les jours avaient passé.
Le bateau, qui devait revenir vous chercher,
Était resté ancré. Fini, les cassoulets,
Les boîtes de pâtés largement arrosés
De vin de Muscadet. Plus qu'un maigre brouet
De crabes sacculinés, de bigorneaux morts nés,
Fallut imaginer pour pouvoir l'avaler
Que c'était fin souper cuisiné pour Mornay.
Car, même à protester, ça n'aurait rien changé !

Ici, sur Varanger, l'été se fait douceur,
Car le vent est tombé et sur mes eaux limpides,
Aucune onde, ni ride ne trouble mon reflet.

Avez-vous vu ma queue qui pointe comme une flèche ;
Les phases du plumage qui orne nos tuniques.
Elles nous rendent uniques ce quel que soit notre âge ;
Comme je plonge et je pêche en restant très longtemps,
Si longtemps qu'on peut croire qu'il n'y a plus d'espoir,
Que je me suis noyé. Et voyez mes enfants
Qui naviguent de conserve. Ils viendront quémander,
Sans précipitation, un colimnéaçon que j'aurai ramené.

Le phalarope s'énerve dans le bout de l'étang.
Un petit bécasseau de Temmink s'endort
Sur un rocher qui sort sa tête juste hors de l'eau.
Des saumons prisonniers depuis la nuit des temps,
Que reculent les glaciers, gobent de petits taons.
Des bécasseaux variables, encore adolescents,
Se regroupent sur le sable. Ils font leur entraînement
De vol en escadrille, dans un concert de trilles
Qu'ils poussent en volant : deux par deux, tout d'abord,
Aile dans aile, pas trop près, puis, en vol plus serré.
Des changements de bords les rapprochent du groupe
D'où s'envole le troisième qui, bientôt, fait de même
Ou regagne la troupe. Chacun comme à son tour
Fera son petit tour. Et pendant plusieurs jours,
Le manège se répète ; à calculer toujours
La force centripète qu'il convient de donner
Pour ne pas exploser la grande cohérence
Qui convient au volier. Et puis tous dans la danse,
Comme des équipiers, ils feront des figures
Toujours plus compliquées.

N'écrasez pas les mûres qui poussent à vos pieds.

Des plongeons catmarins cerclent dans le lointain.
Ils crient, font du potin, puis changent de méridien.

Avec le soir qui vient, viennent aussi les pêcheurs
Des villages norvégiens des côtes de Varanger.
Il est temps maintenant pour moi de regagner
L'abri des cariçaies, tous mes petits devant.

Finnmark, Norvège.