Le gyrin : Gyrinus natator
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Le gyrin (Gyrinus natator)



Un jour, un Dieu plus sage, conscient que son destin,
Sur l'Olympe déclinant, toucherait à sa fin,
M'appela en ces termes qu'afin, de mon oracle,
Je lui donne quelque espoir de croire en un miracle.

« La Pythie philippise, elle vieillit, elle radote,
Prétends qu'il nous faudrait mélange qui ravigote
De légumes variés, petits pois et carottes,
Qu'au stress qui nous gagne en serait l'antidote…

Nous voyez-vous courir jusques en Macédoine ?
Et comment ferions-nous pour traverser la douane ?
Les Sibylles, quant à elles, sont encore au berceau…
Avant qu'il ne leur pousse un téton sur le sein,
Nous aurons disparu victimes de mille maux
Importés de Judée par Yahvé et ses saints.

Je me suis laissé dire que vous aviez un don,
Unique chez les insectes, celui de double vue…
Dîtes-nous l'avenir. Vulcain, Zeus ou Junon
Auront-ils dans la ville au moins un nom de rue ?
»

Ce Dieu était bien las, quasi désespéré.
Le peiner davantage m'emplissait de dégoût.

Comment dire que leurs noms ne seraient pas gravés,
Ni au fronton des rues, ni sur les plaques d'égouts ?
Comment leur faire saisir, sans trahir la surprise,
Que Vulcain pilotant le vaisseau " l'Entreprise "
Connaîtrait dans Star Treck, un succès mérité,
Mais sous le nom d'emprunt de capitaine Spoke…
Quelques siècles plus tard et à une autre époque ?

La tâche était ardue, aussi je décidai
De taire mes talents d'oracle et de voyance,
Alors que je savais, sûrement par avance,
Que les Dieux sont vengeurs, sitôt qu'on les déçoit.

C'est depuis ce temps-là que je vois à la fois
Avec un demi œil dans le profond des eaux,
Avec l'autre moitié, dans le ciel, les oiseaux.

Et comme je n'avais pas su aller de l'avant,
Protégeant leurs arrières, les Dieux me condamnèrent,
À errer sur les eaux, à y tourner en rond,
Toujours encore plus vite et jusques aux profonds
À chasser les moustiques qui vous sucent les sangs.

Fontaine du Quellenec, Hennebont.