| Un bœuf se lamentait du sort qu'on lui faisait. " L'abattoir, disait-il, me fera mort soudaine… Mais vivre dans les prés, c'est douleur assurée. Chaque jour que Dieu fait, las, je suis à la peine. Si ce n'est le soleil qui me brûle le cuir, C'est la pluie qui me mouille et se plaît à transir Mes os jusqu'aux sabots… Les mouches qui me piquent… Vous dirais-je, encore, mon système gastrique ! " Tout lui était prétexte pour se plaindre tristement, Envier l'hirondelle qui survole ses champs Et plus généralement, les bêtes de la nature Dont la vie, comme la sienne, n'était pas sinécure. " L'insouciance sied fort aux gens de votre monde. Qu'un danger vole ou rampe et vous êtes sous l'onde, Qu'il nage, promptement, la feuille de nénuphar Vous supporte ou vous cache des risques du hasard. " Je lui dis les dytiques qui mangent mes enfants, Les couleuvres, les busards, qui en font tout autant. Mais le bœuf rétorqua qu'il ne les craignait pas, Qu'il était assez gros pour qu'on ne l'avalât. Et d'un bond dans ma mare, le voilà qui se jette, Se plante dans la vase qui tapisse les fonds, Il meurt en un instant manquant d'inspiration, Gonfle comme les noyés à tel point qu'il en pète ! Monsieur de la Fontaine s'était trompé d'histoire. Accroire que je gonflais pour ressembler au bœuf Quand je me pâme d'amour, … c'était bien dérisoire. Quant à dire, pour paraître, que l'homme recourt au bluff, Il eut sans doute raison, car les rois, les seigneurs Pour s'asseoir, comme les serfs, n'ont que leur postérieur. C'est jugement de sot que croire aux apparences… Mais aux sots, vous allouez, souvent, de l'importance !
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