Le chevalier guignette : Actitis hypoleucos
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Le chevalier guignette (Actitis hypoleucos)


Saviez-vous que guignette, c'était une balance.
On s'en servait, jadis, pour peser les monnaies.
Les hommes m'ont donné ce nom, car je balance
Mon corps et puis ma queue. Comment m'en empêcher ?

Je le fais davantage quand je suis intriguée.
Mais je le fais aussi n'étant pas observée.
Vous êtes obligé de me croire sur parole.
D'ailleurs, sachez-le donc, mais je joue dans guignol !

Je ne suis pas farouche, je m'envole de loin
Á l'approche de l'homme. Qu'il se cache avec soin,
Je reviens me poser sur un rocher sur l'eau
Ou me tiens immobile à côté des roseaux.

Sitôt que je m'envole, je lance un petit chant,
Rase les eaux de près et le fil du courant
D'un vol particulier... Tous les trois battements,
Je bloque mes ailes en bas et poursuis en glissant.

Je cueille dans les flaques des phryganes affairées
Á dessiner des routes, toutes entrelacées,
Sur les sédiments où elles viennent pâturer
Des algues minuscules dans le genre diatomée.

Je vais sur des profonds où les remous vortexent.
Dans les brindilles noyées, se cachent les grosses larves
Des libellules bleutées, aux ailes couleur litharge
Que j'avale et déguste, ce quel que soit leur sexe.
Je mange des vers de berges, (ils sont un vrai régal),
Des mouches, des têtards ou bien des éphémères,
Des mollusques variés et des coléoptères.
Tout fait ventre, comme on dit et ça m'est bien égal !

Vous arrivez trop tard, ne verrez pas mon nid,
Pourtant il est très beau, parfaitement construit.
Je ponds aussi quatre œufs, car je suis limicole.
Ils font quatre petits parfaitement nidicoles.

__ Nidifuges. __

__________Vous êtes sûr ?
__________________Parce qu'ils quittent le nid
Aussitôt qu'ils sont nés et pratiquement secs.
Á la première alarme que l'on pousse d'un cri,
Ils filent sitôt dans une bonne cachette !

Vous n'observerez pas mes enfants, cette année,
Le long de ma rivière qui coule sur ses galets.
Car, en Scandinavie, quand arrive juillet,
Nous sommes prêts à partir, car il nous faut migrer.

Nous le ferons de nuit. On pourra nous entendre,
Car nous poussons des cris pour garder le contact.
Or si l'on se perdait, comment faire pour nous rendre,
Jusqu'à la Mandchourie en passant par l'Irak,
En Afrique du Sud ou jusqu'en Australie,
Au Japon, au Népal, en Chine, au Cachemire,
Car partout où l'on va, partout on nous admire.

Il n'y a guère qu'en Bretagne qu'on ne fait pas de nid.
C'est sans doute vos rivières par trop canalisées ?...
Ou bien plus simplement que nous sommes dérangées.
Et je ne crois pas que ces prochaines années,
Avec tous vos nitrates, j'y sois encouragée.

Mais rien ne vous empêche de rechercher des gralles,
(C'est le nom qu'on donnait jadis aux échassiers...)
De courir par le monde, en voiture ou à pied
Et de boire un café au fond d'une timbale.

Chacun veut s'asseoir à la table ronde qu'il peut.
La quête des chevaliers ou des oiseaux des cieux
Vaut bien celle de Lancelot recherchant le Saint Graal.

Rien de plus, à mon sens, qu'un jeu pour l'encéphale.

Car quoi que vous fassiez, fussiez-vous immortel,
Vous ne verrez pas toutes les bêtes de la nature.
Bien que Merlin, ses fées, dessus votre berceau,
Renversant de la chance, d'un seul coup, tout le seau,
Vous permirent de vivre beaucoup des aventures
Que les bêtes vous offrent à travers vos jumelles.

Hudiksvall, Suède.