Le guêpier d'Europe : Merops apiaster
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Le guêpier d'Europe (Merops apiaster)


J'aime mon Lubéron et son maquis serré,
Où sous les chênes verts et les amélanchiers,
Des cèpes de Bordeaux profitent des rosées
Pour ouvrir leurs chapeaux et remplir vos paniers.

Une rivière à sec, recouverte de traces,
Retient le souvenir des animaux qui passent :
Des cochons, des chevreuils, des putois, des hérons…
C'est le Sunset boulevard, pareil, sans le béton.

Des arbres centenaires maintenant desséchés,
Tendent leurs branches mortes, par le soleil blanchies,
Á nos petites pattes, quand le soleil faiblit.
Mais nous irons dormir dans de grands peupliers.

Non sans nous agacer et piailler sans raison,
Sous le vilain prétexte ou bien l'allégation
Qu'on a comme habitude, sur une branche de dormir
Et qu'elle est souvent prise… faut la reconquérir !

J'aime quand le soir vient, que toutes les lavandes
Alignées dans les champs, nous offrent leur provende
D'abeilles butineuses et de bourdons pressés,
Tous hyménoptères qui pourraient vous piquer.

Les plus jeunes d'entre nous qui sont nés récemment
S'en retournent dormir dans leurs profonds terriers
Où ils furent pondus et patiemment couvés,
Pendant plus de vingt jours, consécutivement
Et pendant près d'un mois, nourris assidûment,
D'insectes capturés au vol essentiellement.

Près de cent trous composent notre belle colonie.
Certains resteront vides s'ils ne sont pas remplis.
Elle est installée sur une grande carrière
Qui est désaffectée, dans des rochers bauxite
Et des veines d'argiles, toutes rouge latérite
D'où suintent des hydroxydes et des sels de fer.

Mais, veuillez m'excuser, j'en ai pour un instant.
Ce faucon hobereau se fait bien menaçant.
Je rejoins donc la bande, m'en vais le harceler
Pour qu'il aille voir ailleurs et nous fiche la paix…

Bon, voilà qui est fait. Il était attiré
Par une perdrix rouge et toute sa couvée,
Qui se poudre dans le sable au milieu du chemin.
Je ne crains, voyez-vous, que le faucon pèlerin.

Vous le savez déjà ! Alors, racontez-moi…
En Espagne, près de l'aire, vous l'auriez observé
Fondant sur nos petits… inertes… ensanglantés…
Et vite dépecés ! Mais, alors, quel émoi !

Bien souvent la nature fait preuve de cruauté…
Quoique, je doive le dire, suis-je si bien placé ?
J'avoue que la question vaudrait que je la pose
Aux insectes que je tue, avant leur ménopause.

Ils pondent aussi des œufs et chérissent leurs enfants…
Devrais-je pour autant me faire végétarien ?
Je me vois mal à terre comme les batraciens.
Les Dieux m'ont fait les pattes trop courtes pour l'instant.

Au sol, je me déplace aussi mal qu'un morse.
Mon domaine, c'est les airs que j'emplis de mes cris.

Si vous êtes breton, c'est ce que j'ai compris,
Allez voir mes cousins à la pointe de la Torche.

Massif du Lubéron.