Le grosbec casse noyaux : Coccothraustes coccothraustes
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Le grosbec casse noyaux (Coccothraustes coccothraustes)


Il me fallut du temps pour enfin vous trouver.
Par-là même constater que les ornithologues
Sont beaucoup moins nombreux et moins bien répartis
Que ce qu'en disent nos cartes sur leur biologie.

Vous êtes le premier que, sur mon catalogue,
Je puis enfin cocher et aussi observer.

Je plaisante, pour sûr ! Mais, nous avons bien ri,
Avec tous mes compères, réunis pour un temps,
Pour casser un noyau à la bonne franquette,
De cerise, sans doute… (Je n'aime pas les noisettes),
Quand j'appris que d'aucuns pouvaient passer du temps
Á chercher des oiseaux, ce, dans tous les pays ;
Fouiller les champs, les bois et le fond des étangs
Pour tenter de trouver, seulement l'oiseau rare
Et ne plus rien entendre quand le pouillot véloce
Rythme de ses deux notes le printemps même précoce.

Ils doivent avoir les nerfs tout enduits de curare
Pour n'aimer les oiseaux qu'en les collectionnant.

C'est tellement vrai, d'ailleurs, que ces collectionneurs
Ne me voient pas souvent et ne m'entendent pas
Quand je fourrage, caché, au faîte des futaies.

C'est ainsi que souvent, je ne suis pas noté
Dans des rapports annuels qui ne nous comptent pas
Parmi les espèces qui fréquentent pourtant à l'heure
Où vivent les oiseaux, les milieux prospectés !

Ah ! Si j'étais nocturne ou bien cavernicole
Ou comme le Mange pierre qui, mais vous le savez,
Ne vit que sous la terre ou ceux qui ont du nez
Qu'on appelle Rhinogrades qui vivent sur un atoll,
À jamais disparu, sûrement oublié….

Las, je pourrais comprendre que l'on ne sache pas
Que j'existe aussi, comme les broméliacées
Qui poussent sur les branches de lointaines canopées,
Que l'on détruit trop vite et qu'on ne sait jamais
Ni qu'elles furent créées, non plus que l'intérêt
Qu'elles auraient pu avoir pour soigner vos trépas.

Me permettrez-vous de vous poser une question ?

Je sais que l'homme aurait avec la parité
Des problèmes difficiles avec toutes ses femelles,
Qu'en politique, voudraient qu'enfin on parle d'elles,
Souhaitant vous égaler en malhonnêteté,
S'essayer aussi à la prévarication.

Nous aussi les grosbecs, il arrive qu'on redoute
Nos femelles agressives. Mais qu'il nous faut séduire
Pour qu'elles acceptent enfin, qu'on les chausse afin
Qu'elles nous fassent des œufs et aussi des poussins.

Savez-vous qu'il nous faut deux bons mois pour réduire
Et leur hostilité et aussi tous leurs doutes
Sur nos capacités, nos valeurs génétiques ?

Pour cela, il nous faut, tous les jours que Dieu fait
Tenter de leur toucher juste le bec au bout,
Au terme de danses folles et les plumes du cou
Gonflées par le désir qui nous laisse défaits.

Jusqu'à ce qu'elles acceptent. Jusqu'à l'instant critique
Où elles décident de fuir à toute vitesse folle
Au travers des branchages. À cent ! Quelle effrénée !
Alors je la poursuis et aussi la rattrape.
Alors je lui promets toute une vie de Satrape.
Je lui fais des baisers et si elle s'y soumet,
Accepte la becquée, on se met à la colle !

Vous voilà éclairé sur un point bien secret
De nos mœurs cachées, notre biologie.
Mais il reste toujours des points à éclaircir.

Cependant, j'en suis sûr. Vous prendrez du plaisir
Á les percer à jour si l'ornithologie
Ne se réduit pour vous qu'à espèce à cocher !

Quistinic et Floranges.