Le grimpereau des jardins : Certhia brachydactyla
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Le grimpereau des jardins (Certhia brachydactyla)


J'aime rester invisible dans mon habit d'écorce.
Je suis même susceptible, davantage qu'un corse,
Au point d'abandonner nid et œufs et couvée
Dès que je m'aperçois qu'on s'intéresse à moi,
Qu'on me surveille de près, qu'on cherche à m'inquiéter.

Je n'ai pas bonne mémoire, ça me fait des histoires
Avec les forestiers qui, un jour, m'ont confié
Un rôle d'importance dans les forêts de France,
Entre autres et ailleurs, (car je suis bon grimpeur)
De mesurer les arbres, de connaître leur hauteur,
Pour que les tronçonneurs qui abattent les arbres,
Aient le temps de courir pour se mettre à l'abri,
Sans risquer de mourir écrasés, aplatis
Et sûrement occis.

__________________C'est du moins ce qu'on dit.
Je n'ai pas vérifié, car quand j'entends les haches,
Je m'en vais, je me cache. Je suis trop horrifié
Et j'ai bien du chagrin quand on tue mes sapins.

Ainsi vous me voyez arriver par le bas
Et comptant tous mes pas, jusqu'en haut du houppier,
Doucement remonter pour bien les mesurer.
Sans cesse recommencer pour être tout à fait sûr,
De ne pas oublier mes notes, mes mesures.

J'en profite souvent pour m'essayer au chant.
J'ai la voix bien sonore pour un si petit corps.

Qu'une proie se présente : une araignée qui hante
Les fissures, les crevasses ; un insecte ; un cloporte ;
Un escargot qui porte sa maison sur le dos ;
S'ils ne sont pas trop gros… je gobe tous ceux qui passent !

Quand arrive le soir, je suis très fatigué.
Je rejoins mon dortoir, mais après la veillée
Quand je remplis tout l'air avec mes congénères
De nos courses, de nos cris, jusqu'à ce qu'il fasse nuit.

Car le reste du temps, nous sommes solitaires
Sur nos lopins de terre.

Étang de la forêt, Bieuzy Lanvaux, Morbihan.