Les ailes du moulin par le vent entraînées Finiront bien, c'est sûr, par toute l'assécher, L'eau qui remplit, encore, le fond de cette mare Trop petite, maintenant, pour le moindre canard. Il n'y a que des foulques qui jouent à se poursuivre En courant sur les eaux, comme Jésus le prophète, Dérangeant en passant des troupes d'avocettes Qui fulminent devant tant de peu de savoir-vivre. Un hibou des marais vient de se réveiller. Il marche à grands pas sur le sable où des laisses Indiquent à coup sûr, clairement, que l'eau baisse Et qu'à terme, l'étang sera poldérisé. J'apparais, magnifique, en plumage nuptial, Tout de sombre vêtu, du rouge sur les flancs Et comme vous êtes près, vous voyez, c'est normal, Mes oreilles jaunes d'or et ma crête bouffant. Je plonge tout à coup. J'en oublie mes enfants Qui se cachent dans mes plumes, se retrouvent, flottants. Mais je reviens bientôt avec des alevins Qui leur font oublier qu'ils sont encore poussins. Mon mari est plus loin et chasse des insectes. Il m'appelle d'un trille et j'accours aussi sec. Tous mes poussins débarquent de mon navire de plume. J'en profite aussitôt pour sombrer comme enclume. Car un banc de têtards ondule comme une raie. J'en gobe tant et plus, les avale d'un trait. Je remonte quand même quand il me faut de l'air Et replonge, derechef, profitant de l'affaire. Mais vous avez bougé. Las ! Vous n'auriez pas dû. Car bien sûr je m'effraie, les hommes me font peur. Je m'éloigne en nageant en vous perdant de vue Dans les roseaux phragmites, caché pendant des heures.
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