Le gravelot à collier : Charadrius alexandrinus
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Le gravelot à collier (Charadrius alexandrinus)


Je suis, certainement, parmi tous les pluviers,
Celui qui, à la course, est de loin le plus doué.
Je me penche en avant, rentre dans les épaules,
La tête et puis le cou, comme les joueurs de football.

Rien ne m'arrête plus jusqu'à la ligne d'essai...
Les marques sur les épaules, c'est contre les reflets.
Voyez, les quaterbacks, ils les ont sous les yeux.
Bien sûr, c'est efficace !
______________________Est-ce que la nature
Aurait créé le pied sans penser aux chaussures ?
Et quand on veut le frein, on se donne les moyeux !

Savez-vous la raison qu'aussi vite, je cavale ?

C'est parce que j'ai le bec et les pattes bien noires.
Les autres gravelots les ont jaunes ou bien roses.
Le noir est la couleur qui confère, je suppose,
Á tous ceux qui la portent des qualités notoires,
Athlétiques, musculaires, au creux de l'encéphale.
Je sais ce que je dis. Les idées qui bouillonnent
Dans un cerveau en feu et le corps en surchauffe.

Je cours vite, mais au vol, remarquez, je surpasse
Les autres échassiers et bientôt les dépasse.
M'éloignant des dangers, je reste sain et sauf
Au sein de mon volier qui, au loin, tourbillonne.

Avant, j'étais nombreux sur les dunes de Guidel
Jusqu'au jour maudit où un homme politique
Ne sachant pas quoi faire pour rester immortel
Pensa qu'il fallait pour l'avenir touristique
De toute la région, une route côtière.
La connerie des hommes ne date pas d'hier.

Pas de salut sans goudron... Pas de goudron sans béton.
Pas de béton sans pognon, ni grosses commissions,
Qui ne sentent pas bon et même plus mauvais
Que celles que font au fond du vase, les bébés.

La route fut construite sans un committitur.
Á peine terminée, il y eut des voitures.
Moins d'une année suffit...
_______________Nous mourûmes écrasés.

Guidel plage, Morbihan.