| Bon Dieu ! que j'ai eu peur… j'ai failli percuter Le pare-brise du camion qui avance dans le noir Sur la route montagneuse, noyée dans le brouillard. Le temps change très vite sur mes monts Pyrénées. Je vous ai regardé, d'un air très étonné Et vous avez freiné et tout à coup calé Le moteur du camion à boîte automatique. Vous n'eûtes plus de freins. Là, c'était dramatique. Redémarrer, makach et même le frein à main, N'arrête plus la course fatale vers le ravin. Avant d'aller trop vite, vous avez tout braqué Pour aller percuter la falaise de rochers. Le camion est solide et seul son pare-chocs Fut finalement tordu à cause du violent choc. Vous pûtes repartir et vous garer plus loin, Pour manger et dormir, attendre lendemain. Au matin, ma montagne suinte d'humidité Et toutes les gentianes transpirent à grosses gouttes. L'eau des petits ruisseaux, sur les cailloux, glougloute. Des tapis de swerties, sur les tourbières, bleutaient. Je vous vois traînasser au pied de ma corniche, Scrutant de vos jumelles, chaque coin, chaque niche, Où je me cacherais, mais en pleine journée, Je reste invisible, voire même, je disparais. Quand arrive le soir, je sors et je m'ébroue, Je me gonfle, me dandine tout autour de mon trou, Lequel accueille deux jeunes que vous verrez surtout, Si je vous laisse venir. Ça m'étonnerait beaucoup. Car bien qu'il faisait jour pendant que vous montiez, Ma compagne et moi-même, vous avons attaqué, D'une façon brutale et l'on vous aurait tué, Vous faisant chuter pour que vous vous écrasiez. Je n'avais pas compris que vous vouliez nous voir Et attendiez aussi que je conte mon histoire. Alors, je vous laissai, installé sans confort Sur les roches pointues qui barrent mon contrefort. Le soir, vous pûtes voir, que j'apportais des rats, Entendre mes petits, comme des scélérats, Qui crient, se battent pour les miettes du repas. Des rats sur ma montagne ? Non, il n'y en a pas. Il faut que je vous dise, qu'au village d'en bas, Les ordures s'amoncellent et quantité de rats Pullulent, se font gras, se gavent d'immondices. Chaque nuit que Dieu fait, j'en saisis au moins dix. Nous nous reverrons là, une semaine plus tard. Je vous parus énorme dessus le promontoire D'où je guettais les rats qui font aussi l'espoir Des fauves de la nuit et surtout des renards. Ce soir, j'eus de la chance, car un jeune renard Qui n'a pas eu trois mois, n'a pas vu dans le noir, La mort instantanée de mes serres qui lui broient La tête et le cerveau, bien avant qu'il n'aboie. Mais il est lourd, le bougre, bien trop lourd pour son âge. Je le découperai et ferai trois voyages. Je vous verrai ailleurs, au cours de votre vie En Ardèche, en Espagne et en Scandinavie. Mais trop vite, pas le temps d'échanger quelques mots. Vous m'avez trouvé mort, tué par une auto, Quelque part en Bosnie ou en Herzégovine, Encore chaud sur la route, au bord d'une ravine Et gardé mon squelette, le crâne de ma tête, Risquant ainsi de lourdes peines de prison, Des amendes terribles, puisque ma détention, Sachez-le, peut valoir qu'on vous coupe la tête.
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