| Savez-vous que je fus et n'en déplaise à l'aigle Sacré roi des oiseaux. J'ai encore la couronne, Quelque part, bien rangée, en farine de seigle… Ah ! Voilà bien les hommes et comment ils raisonnent ! Qu'on leur dise couronne, ils ne peuvent s'empêcher Qu'en or ou en platine, elle serait coulée, Sertie de pierres précieuses et de lis, surmontée. La nôtre est bien plus simple et c'est un boulanger Qui l'a confectionnée, bien cuite au feu de bois Et avec comme décor, quelques cerneaux de noix. Seuls les hommes se convainquent que l'aigle est notre roi. Comme souvent, ils ne font que juger à la mine ! Nous autres les oiseaux, pour parfaire notre choix, Nous avons des critères. Il faut qu'on examine Les qualités du cœur et de l'intelligence Qui sont fondamentales, motivent nos exigences. Nous attachons du prix aux us et aux coutumes, Davantage qu'à l'allure, trompeuse ou au costume. Que je sache, l'habit ne fait pas le moineau, Car si c'était le cas, il existe des oiseaux Plus colorés que moi. __________________Je dirai le tadorne Qu'en rivière de Belon, les pêcheurs bretons Qualifient de royal. Houad rouell, c'est son nom. __ Si c'est être royal que manger des bigornes, De marcher sur la boue et nicher dans un trou, La moitié des bretons est d'essence princière ! __ L'oiseau des rias nous le disait avant-hier. J'ai eu comme l'impression qu'il se moquait de vous. Je n'ai jamais rien su, car c'est resté secret, Des raisons qui firent que ce fût moi qu'on choisit. C'est bien mieux comme cela parce qu'à trop nous flatter, On a la tête qui enfle comme celle du roitelet Lequel vante les mérites de la ploutocratie Depuis que le tarin qui est le roi des Aulnes, Lui confia bonne garde, pour qu'il cache avec soin, Ce grain de mica blanc, d'un milliardième d'aune, Qui, sitôt dans son nid, lui accorde l'invisible. Et pour se justifier, nous cite souvent la bible. … Et tu ne tueras point et ne voleras point !… Comme si, aux oiseaux, cette maxime imbécile Pouvait bien s'appliquer. __________________Depuis Ptérodactyle, Nous volons, c'est bien sûr… c'est pour nous déplacer ; Nous tuons, il le faut… c'est juste pour manger. Ce n'est pas mince affaire que d'assurer la paix Entre toutes ces espèces dont certaines sont en guerre. Et la blanche colombe, avouez, ne m'aide guère ! Le livre de mon pouvoir, je sais, n'est guère épais. Mon volume de manœuvre ne dépasse pas seize… C 'est qu'il est très étroit, le reste n'est que foutaise. S'il vous fallait une preuve, je vous raconterais Cette séance houleuse qu'avec quelques poulets, Nous tînmes, ces jours derniers. C'étaient les conditions Que leur fait le rustique quand il les masse en foule Pour mieux les engraisser, qu'ils soient coqs ou bien poules Et qu'au petit matin, en masse l'exécution Leur ôte d'un seul coup : et les plumes et le cou Et la tête et les tripes. Elles partent à Tombouctou, Quelque part en Égypte, pour être vendus pas cher, Si elles restent kasher ! __________________Je leur dis : __ Il me semble Que vous avez des ailes ! À vous la liberté ! Vous savez picorer ! La nature est prodigue… De graines variées et de végétaux tendres. C'est tous les jours Noël ! __ Les poules se regardèrent et conciliabulèrent. __ Tout cela est bien beau ! C'est ce qu'elles rétorquèrent, Mais, comment ferons-nous, si le renard attaque ? Pour trouver des hormones, des anabolisants ? Nous sommes devenues des hypochondriaques ! __ J'eus envie, je l'avoue, de rentrer dans le rang, De manger ma couronne avant qu'elle soit rassise. Du coup, dans un soupir… Eh... je me suis rassis ! Les corporatismes ont souvent la vie bien dure, Comme les idées fixes et bien des préjugés. Faut-il qu'on entreprenne pour croire ou espérer ? Faut-il qu'on persévère pour enfin réussir Á finir taciturne et avoir le cœur dur ? Ah ! Si les poulets meurent… Laissons-les donc mourir !
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