| J'habite dans des buissons de saules et de bouleaux, Au pied de miradors gardés par des soldats Enivrés de soda et probablement morts D'ennui près d'un drapeau. Ils ont des mousquetons. Ils gardent des soviets que l'on maintient parqués Derrière des barbelés qui ferment une frontière. La piste de poussière de micas en paillettes Vous mène sûrement... Qui pourrait en douter ? Vu les publicités : à un super marché ! - Défense de s'arrêter. Défense de regarder Même de faire semblant. Défense de pisser, De l'avoir fait, merci ! J'avais tellement envie de voir des hommes, enfin, Autrement qu'en kaki et avec l'air plus fin. Nous n'avons guère de temps avant qu'on ne vous chasse De ce coin de Norvège, envahi de stratèges Qui rêvent de Pancrace, de commander l'OTAN. Nous n'avons guère de temps pour faire connaissance. Ma femelle est là-bas, un peu en contrebas. Elle assure la naissance de mes futurs enfants. Nous nous laisserons voir au sommet des buissons Sur lesquels nous posons. Nous sommes plus bavards Et nos chants sont plus riches en notes, en pastiches Que ceux de nos cousins bretons ou vendéens. Je veux qu'on reconnaisse toutes mes qualités Et comment je suis peint. Je vais dans les jardins Où je suis adulé et même à Kirkenes. Á l'instar du rouge-gorge, à peine moins familier, Je vis sur les pelouses et me montre jalouse, Pas au point qu'on s'égorge… des sizerins flammés Ou de la grive mauvis qui n'en fait guère cas, Qui sautille, alerte, et qui, le soir, concerte, Souvent, couvre ma voix et s'en trouve ravie. Pour autant j'aime mieux l'endroit marécageux De bois et de marais, de tourbières évoluées Où seul le moustique arrive à pulluler, Á tel point, il est vrai qu'aussitôt, il vous pique, Á peine débarqué de l'auto qui protège Et vous fait rembarquer et quitter la Norvège. Moustiques ou militaires vous feront votre affaire. D'une Jeep de guerre giclent des mercenaires. Ils ont l'air furibard et ils ont des clébards, Féroces qui vous flairent et pissent sur les roues Du camion à l'arrière. Ils vous font les yeux doux, Remue la queue derrière et semblent comme vous, Honnir les militaires qui s'approchent de vous. Du plus con, prenez l'air (c'est très dur, je l'avoue). S'ils vous parlent anglais, répondez en français, Que niet panjemajo et ne savez pas lire… Ils vous croiront idiot, vous laisseront partir Je doute qu'on se revoie à moins que d'aventure, Vous veniez en Afrique, en région éthiopique. C'est là que j'aventure quand l'hiver est trop froid.
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