| Je ne suis pas censé habiter ce plateau (de Langres, qu'il s'appelle) où de jolies forêts Maillent des champs immenses où jaunissent les blés, Verdissent des luzernes et coulent des ruisseaux. Des chevreuils effrontés volent aux paysans Quatre bouchées goulues qu'ils avalent prudemment Avant de se glisser à l'abri des halliers Et surveiller l'espace depuis des prunelliers. Un renard affamé rôde depuis matin Et suit les emblavures en longeant les chemins. Il se cache dans les herbes lorsque le tracteur passe Et attend qu'il s'éloigne pour reprendre sa chasse. Ici, les campagnols sont légions, ça se voit Aux trous qu'ils ont creusés et à tous les dégâts, Qu'ils commettent, invisibles, à tous les végétaux. Pour s'en débarrasser, faudra se lever tôt. Sur les branches d'un pin qui débordent d'une haie, Je guette des insectes et surtout des criquets, Sur lesquels je plonge subit et en piqué, Et retourne me poser pour les décortiquer. Mes enfants m'accompagnent et aussi ma compagne. Plus rien ne la distingue des jeunes encore nubiles, Car après le mariage, adultes et juvéniles Se ressemblent beaucoup, surtout dans la campagne. Il faudrait nous saisir, nous tenir dans la main, Mais il faut des filets ou bien encore nous tuer… Vous n'avez que vos yeux pour bien nous observer, Assez de patience pour tenir jusqu'à demain, Attendre qu'on s'habitue et qu'on vienne assez près. Mais le doute subsiste et vous n'êtes pas certain. Il faudrait un détail ou un éclair soudain. Mais si vous le voulez, je pourrais vous aider. Regardez mes moustaches qui vont loin sur ma nuque, Mes couvertures alaires vraiment très étendues… C'est certes bien peu de chose. Vous ai-je convaincu ? Sinon il vous faudra vous faire voir chez les Turcs. Je sais… Vous êtes allé… Mais je n'y étais pas. Je sais, vous m'avez vu, dans les pays Balkans. Mais là, c'était facile, j'étais comme au printemps, En bel habit de noce près de Banja Luka. Quoique déjà plus terne, le smoking délavé… Mais il ne servait plus, je m'étais reproduit En cinq clones parfaits qui quitteraient le nid, Aussitôt qu'ils pourraient, sitôt qu'ils seraient prêts, Car mon bel habit pie me sert essentiellement Á séduire ma belle qui arrive au printemps. Je sais que vous croyez à la fidélité Des couples chez les oiseaux, mais une minorité Déroge à cette règle. _________________Ainsi les gobemouches Et surtout leurs femelles sont vraiment infidèles. Ces dames nous imposent, avec beaucoup de zèle, Un nid à leur convenance et qu'il y ait des mouches, Des insectes divers et des colimaçons Ou des fruits délicieux qui poussent dans les buissons… Pour nourrir nos petits et leur faire du gras Pour supporter l'automne avec ses premiers froids. Il nous faut bien souvent entre mâles s'affronter, Pour gagner leur cœur et pour pouvoir copuler… Certains sont bien chanceux et deviennent polygames… Ou restent solitaires, s'il n'y a plus de dames. D'aucunes d'entre elles, n'hésitent pas un instant Avec le gobemouche noir, à faire des enfants... Ils seront à collier ! Je ne sais pas comment ? Ce problème à résoudre devrait être passionnant. Sans doute ont-elles raison de nous imposer ça. La survie des espèces a un prix, croyez-moi. La thermodynamique a des normes drastiques Réglées comme il se doit comme papier à musique. Á propos de musique, la mienne est bien quelconque. Pour attirer l'oreille des ornithologistes, Il me faudra sûrement ou souffler dans une conque Ou bien l'enregistrer sur disque analogique.
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