Le guillemot à miroir : Cepphus grylle
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Le guillemot à miroir (Cepphus grylle)


J'aurais bien mieux aimé que vous restiez plus loin.
Je vous trouve bien trop près d'où je donne des soins
Á mon petit que j'aime dans son duvet ébène.

Ma falaise multicouche de grès et puis de sable,
De sable et puis de grès, ménage des accès
Aussi plats qu'une table où je vais faire mes couches.

Ma falaise n'est pas haute aux oiseaux téméraires.
Elle domine des dalles où s'accrochent les thalles
Des algues laminaires qui, dans le courant, flottent

Quelques huîtriers pie sont rangés, alignés
Dans les sens du vent, avec le bec devant,
Comme sur un échiquier ou bien sont assoupis.

Des macareux sont tard pour soigner leurs moutards
Enfouis dans des cratères qui trouent comme gruyère
Une rampe d'herbes grasses recouvertes de crasses.

Un goéland marin imite les frégates
Et tente de capturer des jeunes abandonnés
Aux vagues hydropathes aux écumes d'embruns.

Un bateau passe au loin. Il lutte contre la houle
Haute comme un rempart tandis que des fulmars
Nombreux comme la foule, l'enveloppent d'un écrin.

Des cygnes, le cou dressé, nagent comme des drakkars.
Quand ils passeront près, vous pourrez constater
Qu'ils sont beaucoup plus rares que les tuberculés.

On les dit de Bewick. Depuis quelques années,
Ils forment une colonie et se sont installés
Sur les côtes soviétiques qu'on voit à l'infini.

Dîtes-moi, je suis beau dans mon habit corbeau ;
Á l'aile, un miroir blanc et mes pattes oranges.

Mon sifflet vous dérange. Vous le trouvez strident !

Nous autres alcidés, du côté de la voix,
Nous ne sommes pas gâtés. Vraiment, je ne crois pas
Qu'au chœur à l'opéra, on engage le guillemot
Ou le pingouin torda pour chanter Caruso.

Kramvik, Varanger, Norvège.