Le goéland marin : Larus marinus
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Le goéland marin (Larus marinus)


Je suis bien obligé d'avoir cet air mauvais,
Dur et impénétrable, le regard détestable.
C'est la faute des Dieux.
___________________Abusant de la table,
Ils décidèrent, beurrés, qu'il fallait réguler,
Au sein de la nature, toutes les populations
Des bêtes vivant sur terre, y compris les scorpions.

Á cette époque-là, les Dieux du Walhalla
Ou bien ceux de l'Olympe ne s'intéressaient guère
Á autre chose que boire, culbuter les nanas,
Bouffer comme des cochons ou se faire la guerre.
Darwin, ses théories, leur étaient inconnues.
Toutes les bêtes survivaient, même les mal foutues.

Vous le savez sans doute, à la droite des Dieux,
Personne ne peut siéger. Même Le Pen, à leurs yeux,
Fait figure de gauchiste. Peut-être des chasseurs
Ou bien quelques bergers, auraient ce grand honneur (!),
Sans oublier, non plus, quelques biologistes
Qui veulent mettre le monde aux mains des eugénistes.

Quand les Dieux furent fin saouls, ça ne les changeait guère,
Ils nous réunirent tous, oiseaux et mammifères
Et nous tinrent un discours, sur la nécessité
D'éliminer, sans failles, tous les handicapés.
Sinon, on connaîtrait le sort des dinosaures.
Je voulus protester trouvant qu'ils faisaient fort.

Je voulus discuter. Mes argumentations
Furent vite balayées par des rires avinés.
Je voulus insister, mais les Dieux irrités
Prononcèrent, alors, ma lourde condamnation.
Je devrais à l'avenir, sur les côtes de la mer,
Retirer des poussins à l'amour de leur mère.

J'essaie le plus possible de choisir les plus faibles.
Ceux qui, de toute façon, mourront encore bébés.
Ceux, qui se sont cassé, une patte ou une aile
Ou ceux que leurs parents ont trop vite délaissés.
Malgré tout, c'est très dur et j'ai mauvaise conscience.
Je vis à chaque fois une réelle souffrance.

Mais les Dieux ne m'ont pas laissé un autre choix.
La survie de l'espèce est à ce prix, je crois.
Les Dieux ne m'ont rien dit d'explicite, là-dessus.
Il faut savoir parfois, entendre entre les mots
Ou lire entre les lignes, choisir entre deux maux.
Mieux vaut être averti que finir prévenu.

Par bonheur, ce temps-là ne dure pas très longtemps.
C'est l'affaire, au final, que des mois de printemps.
Le reste de l'année, je mange des déchets,
Des cadavres de poissons ou bien de cétacés.
Je parasite, aussi, comme le ferait le labbe,
Des oiseaux qui dégueulent leur bouchée par le jabe.
Mais tuer des enfants, c'est comme si une arête,
Je l'avais en travers de mon âme. Ça m'embête.

C'est une des raisons que je vis solitaire,
Me posant des questions sur notre vie sur terre.
Il m'arrive souvent d'interpeller les Dieux,
D'une clameur puissante, la tête vers les cieux.
En vain, certainement, leur forfait accompli,
Ils ont tous disparu, leurs paradis aussi.

On dit qu'ils rient sous cape de leurs plaisanteries.
C'est pour ça que je hante, ce qu'en géographie
On appelle promontoire, pointe, raz, avancée.
J'espère les y trouver, jusqu'ici, sans succès.

Alors, pour m'occuper sur ces hautes falaises,
J'aménage mon nid, plutôt volumineux,
Fait de branches et d'herbes, pour y pondre trois œufs,
Qui, au bout de trois mois, me donnent trois balaises.


Pour tout vous expliquer, je couve vingt-huit jours
Et nourris mes poussins, au moins cinquante jours.

Maintenant, je m'en vais. Je vais jouer dans le vent.

Enez ar bougeviou glaz, Ouessant.