Le glouton : Gulo gulo
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Le glouton (Gulo gulo)



J'ai peu de choses à dire. Je passe mon temps à fuir.
C'est ce que je laisse croire à l'homme qui vient me voir.
Et puis, ça changerait quoi, qu'il me connaisse mieux ?
Je suis une bête fauve. Il faut que je me sauve.
Si je veux vivre vieux... il me faut rester coi !

Je suis une bête féroce. Forcément, j'ai des dents !
Si je rongeais des os, ce serait d'éléphants…
Je n'attaque, bien sûr, que des plus gros que moi.
Dans la littérature, on a écrit, je crois,
Que je prends des élans, des rennes ou bien leurs veaux…
Quand on me représente, c'est planté par les crocs
Sur leur nuque sanglante !

Quelle imagination ! Il faut des alibis
À l'homme pour qu'il puisse justifier en justice,
À grands coups de fusil, mon extermination.

L'homme n'a pas vraiment conscience des limites
Qu'il faudrait à sa niche. Il veut croire pourtant
Que les bêtes détruites le laisseront plus riche.
Quelle espèce à la con ! Excuser pour le ton,
Mais, je suis en colère…
Qu'on nous juge que sur l'air qu'on prétend que l'on a,
Nous cause bien des dégâts.

Vous l'avez observé, le renne que j'ai rongé
Était bien mort noyé, aux trois-quarts congelé.
Les traces que j'ai laissées étaient beaucoup plus fraîches
Que son squelette blanchi et à moitié enfoui
Au beau milieu des laîches.

Ma démarche est curieuse quand je marche ou je cours,
De côté comme les crabes avec les pieds dedans.
Les longs poils de ma queue, tels un voile, flottent au vent.
Ça me donne du volume. Je ne suis pas balourd.
Je ne trotte pas vite et m'arrête souvent,
Me redresse à demi et regarde longuement
L'étendue désertique. Je fais une cabriole
Et tente d'approcher un labbe qui s'envole,
Me poursuit de son zèle et m'impose un détour.
Un grand renne me charge, sans trompette, ni tambour.

Alors, je disparais avalé par les schistes.
Une image à jamais et, pour toujours, j'existe.

Kongsfjordallen, Varanger, Norvège.