La glaréole à collier : Glareola pratincola
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La glaréole à collier (Glareola pratincola)


Le sol en sable mou est bien dur à vos pieds
Qui s'enfoncent et se tordent dans l'arène dunaire,
Recouvrent les traces des toros noirs, solitaires,
Errant dans le troupeau, attirant les guêpiers.

El Rocío se cache derrière l'eucalyptus
Qui pousse en forêt, se pèle et se desquame.
Il assèche le sol, tellement, Dieu le damne !
Que bientôt, rien ne croît, pas même le cactus.

__ No agua, no árbol... No árbol, no agua...
Comme dit le proverbe.
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________________Oui, mais ces arbres-là
Feraient bien le contraire et la pluviométrie
Continue de baisser sur la Vandalousie.

Tout est plat, infini, comme la désespérance
D'arriver un moment jusqu'au bout de l'errance
Sur des vases qui gardent à jamais souvenir
Du passage oublié du lent Guadalquivir.

Tout autour des trous d'eau se pressent des oiseaux,
Quelques hérons qui gardent des vaches efflanquées,
Des goélands qui raillent des spatules agacées
Par le Clostridium qui infecte leur cerveau.

Les plantes halophiles cachent en partie le sol
Où la fange craquelée s'écaille, fuligineuse.
Elle sert de cachette aux cicindèles tueuses
Qui prennent les criquets avant qu'ils ne s'envolent.
Qu'ils le fassent et bientôt, c'est moi qui les capture,
Au gré de mes caprices qui m'amènent près du sol
Ou tout près du soleil d'où mes cris un peu durs,
Me feront repérer, en bandes un peu folles.

Je suis là, un instant, juste au-dessus de vous
Et dans l'instant qui suit, je suis à l'infini
Pour revenir de suite, prête à frôler les boues,
Car d'un instant perdu, j'en connais tout le prix.

Quelquefois je me pose, je m'ébroue, m'ébouriffe.
Sur mes petites pattes, je me presse et trottine.
Mais, je m'envole vite, rejoins mes effectifs,
Car le ciel, sûrement, me fournit mes rapines :
Criquets et sauterelles, agrions, libellules,
Des phryganes bien gras justes sortis des bulles,
Des satyres, des sylvains, des argus, des piérides,
Des insectes bourdonnants aux élytres solides.

J'ai installé mon nid auprès d'un abreuvoir.
Le pied d'un veau de lait a laissé dans la terre
Son empreinte en creux. Et là, vous pouvez voir
Que j'ai pondu trois œufs. Vous les voyez, j'espère.

Je n'apprécierai pas que vous marchiez dessus.
Leurs couleurs de terre ne les distinguent guère
Du milieu alentour. Vous êtes moins con, j'espère
Que tous ces bovidés. Je vous ai prévenu.
Je me traîne par terre. Je suis à l'agonie,
Je me meurs.. Je suis mort. C'est une tragédie.
Mes deux ailes se cassent, alternativement.
Mes derniers pas sur terre, je les fais sur le flanc.

Vous avez vu mes œufs, je le sens, je le sais.
Alors, vous jouez mon jeu . Vous vous approcherez.
Et je m'éloignerai. Alors, vous me suivrez.
Arrivé loin du nid, là, je m'envolerai.

Un nuage de poussière s'avance sur le marais.
Un repli stratégique s'impose vers la clôture.
Des toros et des bœufs, à fortes encolures,
Trottent vers l'auge en bois et viennent s'abreuver.

La prudence est de mise. Avec ces bêtes-là,
Qui ont le cerveau grand et chiche comme un pois,
Le salut dans la fuite ne déshonore pas.
Revenez donc demain. Je vous attendrai, là !

El Rocío, Coto del Rey, Andalousie.