Le bouvreuil githagine : Rhodopechys githaginea
®
Le bouvreuil githagine (Rhodopechys githaginea)

Je vis dans un dédale de ravins entaillés
Par de petites rigoles où l'eau ne coule jamais.
Sur des buttes pentues, des figuiers barbaries
Survivent comme ils peuvent à côté d'artémies.
Leurs raquettes sont plates et sèches comme les seins
Des vieilles femmes revêches qui vont prier les saints,
Quand l'amour n'est plus, pour elles, qu'un souvenir.
Il faut bien qu'elles s'occupent, attendant de mourir.

Ces cactus desséchés sont comme un paradoxe.
Ils se penchent et se courbent, comme les popes orthodoxes.
C'est sûr, ils prient des Dieux avares comme des bougnats
Pour qu'ils leur envoient la pluie sur Almeria.

Mais il ne pleuvra pas sur tous ces sables gris.
Le silence du désert vous met à l'agonie.
Tout est mort le jour, il faut attendre la nuit
Pour qu'il renaisse enfin et que grouille la vie :
Quand les lycoses guettent des carabes cracheurs ;
Quand les scorpions se pressent à plus de cent à l'heure ;
Quand les lézards se montrent, profitent de la fraîcheur
Et que la nuit se peuple de milliers de bruisseurs.

Sans mon cri de trompette, vous ne m'auriez pas vu.
Je suis gris sur du gris, ramassé, prêt à fuir.
J'avoue, je suis surpris, vous ai pas entendu,
J'hésite à m'envoler…

______________Jusqu'à quand vais-je tenir ?

Mais un autre que moi ne se tient plus de peur
Et s'envole, puis un autre, enfin toute la bande,
Comme un vol de linotte qui passe sur la lande…

Nous disparaissons tous derrière une hauteur.

Désert d'Almeria, vers Tabernas.