La genette : Genetta genetta
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La genette (Genetta genetta)



Vous promenant dehors, dans mon bois de Camors,
Vous m'avez découverte. Je me croyais secrète.

J'ai longtemps espéré que personne ne saurait
Que j'étais installée dans ce coin de forêt,
Où je vous vois souvent marcher tout en fouinant
Ou surveiller longtemps, quel que serait le temps,
La nichée du pic noir du matin jusqu'au soir.

J'ai même eu peur, une fois, très peur que tu me vois…
(Je peux te tutoyer ?) quand je t'ai vu braquer
Ta sorte de lunette, une nuit, sur une chouette.
Je me tins immobile. C'est un moyen habile
Que j'utilise souvent. C'est d'ailleurs ma maman
Qui m'avait enseigné cette façon d'opérer.

Je deviens invisible pour l'œil des passants,
Celui des paysans ou encore aux chasseurs
Recherchant une cible qu'ils visent pour qu'elle meure.

La nuit est un manteau qui me cache, m'enveloppe
Comme dans un oripeau. Faut être nyctalope
Ou encore posséder un capteur de photons,
Qui, s'ils les accélèrent, les renvoie sur le verre
Où nous apparaissons même dans l'obscurité.

Cette nuit, il a plu et il aura fallu
Qu'en bas, sur le chemin où vous vîntes, ce matin,
J'avais laissé mon pas… Une trace comme le chat.
Je compris tout de suite, comme vous le fîtes vite,
Que je m'étais trahie, peut-être mis ma vie
En grand danger mortel, pire que les écrouelles.

Puis-je compter sur vous pour garder le secret ?
Car alors, je promets… Je vous avouerai tout
Et le cas échéant, je vous dis des mystères
Que même Lucifer ne connaît pas vraiment.

Déjà pointe l'aurore… Je retourne coucher
Et reposer mon corps là-haut dans le cimier.

Maintenant qu'il fait beau, j'occupe du corbeau,
Son vieux nid de branchages.
Mais, quand viendra l'hiver, j'occuperai, c'est sage,
L'ancien trou du pivert.

Forêt de Camors, Morbihan.