| Est-ce le hasard seul qui a conduit vos pas Sur cette pente abrupte sous les épicéas ? Pouviez-vous deviner que je me trouvais là Ou bien recherchiez-vous quelque trop rare tétras ? Est-ce un lièvre variable rencontré sur la piste Qui passe en contrebas ou la litière épaisse En couches accumulées sur des blocs de gneiss, Qui ont provoqué votre quête naturaliste ? - C'est la litière épaisse. C'est vrai, je le confesse. Elle abrite souvent de rares groupements. - Vous avez eu raison car ces associations Méritent que l'on s'arrête pour faire observation De piroles uniflores, d'orchidées saprophytes, Monotropes sucepin et autres lectiphytes. Ma futaie, voyez-vous, est assez bien ouverte Pour qu'un pâle soleil y glisse ses photons, Excite la chlorophylle de toutes ses plantes vertes Qui produisent mes baies et cachent mes limaçons. Mes arbres centenaires qui pointent vers les cieux Ne peuvent appartenir qu'au domaine des Dieux. Ceux-là m'ont laissé la jolie fleur de Parnasse. Elle fleurit mes tourbières que même le temps ne lasse. J'aime les gens du cirque, surtout l'équilibriste. Regardez comme je marche sur les plus fines branches, Comment je pose mes pieds comme un fildefériste. J'aurais fait, je le crois, une carrière sur les planches, D'autant que ma livrée est en tout point parfaite, Très voyante de près comme celle d'Arlequin Et discrète à souhait pour m'évanouir, soudain, Dans l'ombre de ces arbres qui portent des noisettes. Si vous les rencontrez, dites donc aux plongeons Qui prétendent qu'eux seuls peuvent animer nos bois, Qu'à gueuler aussi fort, ne leur donne ni raison, Ni motif d'accroire que je n'ai pas de voix. Mon chant, je dois l'avouer, ne porte pas bien loin. Eu égard à ma taille, j'ai voix de soprano. Ma tessiture surprend au concert des oiseaux. D'avec les roitelets, je fais le contrepoint. Il est temps maintenant que j'écrive ma fugue. Ça fait bientôt dix heures pleines que je vous subjugue. Il est temps maintenant. Il nous faut nous quitter Plein de bons souvenirs, sur les neurones, gravés.
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