| Je suis un forestier dans tous les sens du terme. J'aimerais bien qu'enfin l'on veuille reconnaître Mon rôle fondamental qui consiste à faire naître Des chênes séculaires, car les glands, je les sème. D'aucuns disent partout : __________________C'est de l'inattention… Que si quelques glands germent, c'est que les provisions Que j'amasse au beau temps pour mieux passer l'hiver,… Les aurais oubliées… Comme si les corvidés n'avaient pas de mémoire ! Préciser ce point, vous ferez votre devoir Et je n'exigerai, pour cela, (le devrais-je ?) Quelque honneur ou salaire, tant que de la misère, Je n'en souffrirai, mais ! __________________Je ne veux, ni ne souhaite Qu'on me prenne pour Dieu Pan ; __________________Non plus, (et qu'en ferais-je ?) Des plumes de l'oiseau paon. Je sème aussi des hêtres et des arbres divers, Des coudres, des sorbiers et je suis le dernier Qui sauvera les ifs qui passent beaucoup de temps Á prendre un centimètre et que, s'impatientant, Quand le profit les pousse, coupent les tronçonniers. Dès que les jours rallongent, c'est-à-dire dès janvier, Nous nous réunissons pour choisir nos fiancées. Nous profitons aussi que nous sommes rassemblés Pour nous remémorer quels arbres nous avons nés. Quand on n'est pas d'accord, on se chamaille beaucoup. Mais, on rigole aussi. __________________Un jour, figurez-vous, On découvre un pêcher à l'entrée d'une allée. Personne ne veut avouer d'avoir jamais volé, Ni noyau, ni pépin. Faut dire qu'on ne sait pas Comment se reproduisent ces sortes d'arbres-là. Après d'âpres palabres, nous avons convenu Que, sans doute, en pique-nique, des gens étaient venus Et qu'ils avaient jeté, selon toute vraisemblance Une graine de cet arbre laquelle avait germé. Á côté du pêcher, un beau tilleul poussait Juste au milieu des menthes. ____________________ Il y en a qui lancent Des sachets de tisane… la preuve… regardez ! __ Nous cria l'un de nous en nous montrant du doigt L'association que la phytosociologie N'avait jamais décrite. __________________Nous avons beaucoup ri Et nous rions encore, quand on pense à l'endroit Où cette blague a surgi, il y a bien des années. D'aucuns trouvent ma voix, rauque, désagréable. Je les soupçonne d'avoir les oreilles pleines de sable Parce que je chante bien et même mieux que ça. J'imite parfaitement beaucoup d'oiseaux des bois Et même la fauvette quand je chante doucement Pour bercer mes enfants quand ils vont s'endormant. Je parle aussi l'humain et vous le savez bien, Qui m'avez élevé quand j'étais tout petit Avec du pain, du lait et des œufs de fourmi Qu'il vous fallait trouver en fouillant le jardin, Préparer ma pâtée, me nourrir à la main. Combien ai-je vécu d'années de liberté Au-dessus des jardins, les fleurs à saccager, Les chiens à houspiller, les bêtises inventer… Au point que vos voisins, nous auraient bien noyés, Si nous n'étions partis, sans avoir prévenu, Rejoindre des bandes des nôtres qui poussaient patenôtres En insistant beaucoup pour qu'on les suive enfin Dans une errance sans fin, un voyage jusqu'au bout Dont on revient peut-être puisqu'il arrive parfois, Que l'on revient paraître aux beaux jours dans vos bois.
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