| Je compte sur vous, bien sûr. Ne le répétez pas. Ça me gêne que l'on sache que je bosse pour une boîte Qui transporte des voitures sur un ferry-boat D'une île vers une autre, dans mon pays danois. Mon travail est très simple. Il suffit que je suive Les bateaux qui traversent le petit bras de mer, Que je me pose, en vue, dessus les manches à air Et occupe, un moment, les passagères oisives. Les passagers aussi, quand ils sont sur le pont, Au lieu de consommer dans les boutiques free Des alcools détaxés, des parfums hors de prix ; Sans oublier, non plus, les chauffeurs de camions. Je profite du voyage pour me perfectionner En physique turbulente d'écoulements laminaires. Il me suffit pour ça de rester à l'arrière Du bateau et d'étendre mes ailes pour planer. Pour manger, c'est facile avec tous ces déchets Qui s'écoulent d'écoutilles qui s'ouvrent à bâbord. La mer poubellerait si l'on ne s'en mêlait. Je pense qu'elle serait déjà pleine à ras bord. Le plus dur pour l'instant, c'est pour se reproduire. Je n'ai pas pu le faire encore sur le navire. La place ne manque pas. On pourrait s'arranger. Je sais que mes petits plairaient aux passagers. Je vous quitte car je croise le ferry de treize heures. On y sert des repas et il y aura des restes, De rollmops, d'hamburgers, qui feront mon bonheur. Désolé, je m'en vais sans demander mon reste.
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