Le goéland argenté : Larus argentatus
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Le goéland argenté (Larus argentatus)


Je rentre vers le soir en troupes silencieuses
Quand se terminent enfin nos tournées labourieuses,
Qu'on s'en revient des champs avec les mouettes rieuses,
Qu'on a débarrassé des chenilles dévoreuses
Pour que les paysans aient des glanes nombreuses
Sans qu'ils y sèment des pestes avec leurs épandeuses.

Je reviens sur la plage pour y faire le clone,
Juste au milieu des miens, qui, de façon synchrone,
Se tournent vers le vent qui aplatit les plumes.
Alors, on s'endort tous, tout comme des enclumes.

Mais au petit matin, on sera tous partis
Pour jouer dans le vent qui nous emmène loin
Au-delà de la terre, jusqu'en des paradis
Où les déchets de l'homme s'entassent avec soin.

On aime aussi gweler sur les toits des hangars
Qui surplombent partout ces espèces de gares
Où viennent des bateaux tout remplis de poissons.
Quand ils tombent des bacs, c'est fou ce qu'ils sont bons.

On peut même nicher sur ces toits en fibro
Puisque à l'évidence, on ne serait pas trop,
Même si quelquefois, on couve un mois de trop
Si l'on arrose nos œufs d'une sorte de sirop
Qui bloque la blastula et l'embryon végète.
Ça l'empêche de naître, de nous faire trop nombreux.
J'ai lu ça quelque part, pour la femme et ses œufs…
Quand elle en pondrait trop, le médecin l'ivégète.

Moi, je niche tout en haut d'une espèce d'îlot.
La mer y gronde au pied comme sur la côte sauvage
Et y noie bien souvent, quand ils y font naufrage,
Des marins sur une planche et une voile en biseau.
S'ils restent un peu dans l'eau, ce qui arrive souvent,
Je leur dévore les yeux et la langue gonflée
Avant que les étrilles n'achèvent de les ronger,
Soient grasses à souhait et attirent le chaland.

Côte sauvage, Quiberon.