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Gardons nous de Salo



Vers le bord d'un ruisseau, s'éloignant du troupeau,
Un veau encore débile sur ses pattes, vagissant,
S'avançait, intriguant, les peuples aquatiles.

Ma mère à la tétée était désespérée.
Mais je n'ai rien compris, je suis trop jeune encore,
De ce qui la soucie et lui fait de l'angor.


Un vairon déluré, (mais ils le sont souvent),
La tête hors de l'ondée, s'en vint, l'interpellant :

Messire Veau, permettez que je conte une histoire.
Puisse-t-elle vous charmer d'avant qu'à l'abattoir,
L'on vous tranche le cou et finissiez ragoût.

En des temps très anciens, le peuple des vairons
Voulut de son destin changer l'orientation.
Lassé d'une république, il s'adressa aux cieux
Qu'ils fissent de leur mieux pour qu'aux affaires publiques,
Nommé de divin droit, un roi s'y attelât.

Les Dieux, déconcertés, il en faut peu, c'est vrai,
D'une tanche firent le choix. Les vairons, toutefois,
S'en plaignirent aussitôt. Ce roi est si placide
Qu'on pourrait le croire sot. Les vairons sont rapides,
Voyez nos coups de rein. On veut un souverain
Qui nous conviendrait mieux.
______________Un brochet, par les Dieux,
Fut placé sur le trône.

______________Il nous chasse, il nous tue,
Nous croque, nous collationne. Depuis nous regrettons
L'ancien gouvernement.
______________De nos vœux appelons
Qu'on n'en change pourtant, que les Dieux nous retire
Le brochet pour un pire…


L'hirondelle des fenêtres (Delichon urbica) / (5 juin 2002)__________