La grande aigrette : Egretta alba
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La grande aigrette (Egretta alba)



J'ai failli disparaître parce qu'il fallait aux femmes
Mes plumes scapulaires pour orner leur chapeau.

Parfois, je me demande si vous avez un mot
Dans le vocabulaire pour désigner l'infâme,
L'indicible bêtise quand elle va si loin.
Nous disons simplement : C'est bêtement humain !

Car même protégées, nos effectifs languissent.
Mon espèce souffre encore des massacres perpétrés.

Nous restons peu communes et très localisées,
Auprès des eaux des fleuves où les vases croupissent,
Poussent drus des roseaux où je cache mes nids
En compagnie des miennes, en lâches colonies.

Comme je suis un héron, je mange des poissons,
Des grenouilles aussi et bien sûr, des souris
Jusqu'au milieu des champs…

C'est là que l'on s'est vu pendant un court instant,
Un instant d'émotion.

Sans doute, pour vous et moi, différemment vécu.

J'ai fui en vous gravant un peu de Roumanie.

Nous nous sommes revus en d'autres occasions.

J'étais beaucoup plus jeune, puisque j'étais imberbe.
Il me faudrait attendre quelques années encore
Pour que l'habit de noce habille enfin mon corps.

L'errance vagabonde apaise les passions
Et l'escargot, la faim, surtout s'il a goût d'herbe.

Delta du Danube, 1981... Maintenant régulièrement dans le Morbihan !