| J'ai failli disparaître parce qu'il fallait aux femmes Mes plumes scapulaires pour orner leur chapeau. Parfois, je me demande si vous avez un mot Dans le vocabulaire pour désigner l'infâme, L'indicible bêtise quand elle va si loin. Nous disons simplement : C'est bêtement humain ! Car même protégées, nos effectifs languissent. Mon espèce souffre encore des massacres perpétrés. Nous restons peu communes et très localisées, Auprès des eaux des fleuves où les vases croupissent, Poussent drus des roseaux où je cache mes nids En compagnie des miennes, en lâches colonies. Comme je suis un héron, je mange des poissons, Des grenouilles aussi et bien sûr, des souris Jusqu'au milieu des champs… C'est là que l'on s'est vu pendant un court instant, Un instant d'émotion. Sans doute, pour vous et moi, différemment vécu. J'ai fui en vous gravant un peu de Roumanie. Nous nous sommes revus en d'autres occasions. J'étais beaucoup plus jeune, puisque j'étais imberbe. Il me faudrait attendre quelques années encore Pour que l'habit de noce habille enfin mon corps. L'errance vagabonde apaise les passions Et l'escargot, la faim, surtout s'il a goût d'herbe.
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