Le furet : Mustela putorius
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Le furet (Mustela putorius)



Je me trouve très beau en habit de putois.

Je ne sens pas mauvais, pas autant qu'on le croit.
Votre père m'aimait bien, sans doute mieux que ses chats
Qui sont fourbes, hypocrites, perfides et sournois,
Vous prennent la bouchée en vous mordant le doigt
Et comme les notaires, se parent de tous les droits.

J'ai une vie rêvée, en toute liberté,
Dans une caisse en bois au fond de l'atelier.
J'y dors quand il fait jour ou je vais faire un tour
Jusqu'à l'assiette des chats qui en laissent toujours
Ou la gamelle des chiens à l'heure de la pâtée...
Je leur vole une bouchée en toute impunité !

Enfin presque ! Il me faut souvent montrer les dents
Pour repousser au loin ces braillards aboyants
Qui briseraient mes reins, s'ils savaient qu'ils pouvaient
Le faire sans risquer que je les morde au nez.

Il n'y a que la tasse de lait du hérisson
Que j'évite, non vraiment, merci et sans façon !

Mais qu'on me donne un œuf… J'en raffole, savez-vous !

Mais cet objet est rond et roule abominable.
Alors pour le vider et gober l'albumine,
Je me couche sur le dos, le coince sur ma poitrine,
Je perce un petit trou, aspire le délectable
Et pour vous remercier, ronronne sur vos genoux

J'aime bien les caresses, surtout au creux du cou, l
Des poutous sur le ventre… J'aime pas qu'on me secoue.
Je plante mes canines dans vos petits doigts tendres,
Mais je ne serre pas, car je préfère attendre
Que vous me reposiez à califourchépaule,
M'emmèniez promener vers la mare, sous les saules.

J'aime bien m'y baigner et chasser les grenouilles.
Et puis, je rentre à pied par le fond du fossé.
Je renifle, j'explore, je prospecte et je fouille.
Je finis par trouver un insecte scarabée.
Alors, je le rapporte, le dépose à vos pieds
Et ronronne, attendant que vous me caressiez.

Je suis mort d'un phlegmon, car je chassai les rats
Et les souris, la nuit. Un jour, près de l'égout,
J'en tuai un, énorme, plus d'un demi-kilo.

Mais il m'avait mordu et couvert de bobos,
Sur les pattes et le dos et une blessure au cou
Qui me ferait mourir. Je ne le savais pas.

J'étais fier de ma proie, mais aussi sur le flanc,
Une fièvre terrible, déjà agonisant.

Vous me prîtes dans vos bras et courûtes aussi vite
Qu'il vous était possible chez le vétérinaire
Lequel ne soignait bien que son image de maire.
Il refusa d'emblée de soigner mon prurit.

Je mourus doucement d'une bête infection.
Un simple antibiotique en aurait eu raison.

Je me réincarnai en cellules cancéreuses
Et sitôt furetai ses humeurs, ses séreuses,
Les cellules de son sang jusqu'à la moindre stase,
Multipliant partout toutes mes métastases.

Le véto mit deux ans pour mourir décédé
D'une agonie terrible quasi torquemadesque,
En implorant Jésus pour qu'il abrège enfin
Cette vie inutile et sardanapalesque.
Mais les Dieux sont vengeurs. Ils donnèrent aux médecins
L'acharnement qu'il faut pour qu'il puisse durer.

Maison familiale, Villaines la Juhel.