Ça fait deux ou trois ans que vous venez me voir Sur ce cap Fréhel qui ménage des méplats Qui, cette année, enfin, vont servir de nichoir À un œuf elliptique que j'ai fait sur le plat. Il lui faudra deux mois pour qu'il donne un poussin. Je reste sur cet œuf, pour le moins, quatre jours De suite et sans manger, attendant le retour De ma belle, la relève… Nos pêches nous portent loin. Alors il éclora, ainsi font les enfants. Il faudra le nourrir. Il faudra qu'il grandisse. Nous viendrons tous les jours pendant un bon moment. Puis, un peu moins souvent, jusqu'à ce qu'ils s'enfuissent. Il arrive, en effet, que je ponde deux œufs Et pour la concordance, c'est quand même beaucoup mieux. Je dois faire attention aux projections d'huile Qui pue, nauséabonde, que lance mon petit Sur tous les importuns, du genre goéland brun, Ou bien les prédateurs, les goélands marins, Désœuvrés, toujours prêts à commettre un délit Et qui braillent dans le vent croyant se rendre utiles. À terre, je suis pataud. Je dois être myopathe Puisque je ne peux pas me tenir sur mes pattes. Mais qu'un souffle se lève, plus léger qu'un zéphyr… Il ne m'en faut pas plus pour m'aider à partir. J'étends juste mes ailes tendues comme les voilures Des planeurs qui montent en orbes dans le ciel Et sans aucun effort et sans battre les ailes, Je pourrai, vers le Sud, doubler Bonaventure. Mais je préfère le Nord, les parages de l'Arctique Où nous sommes des milliers à suivre les bâbords Des navires, qui chalutent des hordes frénétiques De poissons en danger, à l'article de la mort.
|