| Une guêpe, fine mouche, tint un jour ce discours : __ Avez-vous remarqué combien les hommes sont couards ? Aussitôt que j'approche, ils appellent au secours, S'agitent, courent en tous sens. Il faut que de mon dard, Je leur fasse la piqûre qui devrait les calmer, Comme elle le fait aux mouches quand je les ai piquées. Pour prix de ma médecine et des soins prodigués, Ils tentent de m'écraser. ________________Faut-il qu'ils soient madrés ! Au sens qu'il vaut en Maine pour désigner l'ingrat Qui use de la ruse pour éviter la dette D'un merci, d'un salut ou d'un propos courtois, Pour un service rendu qui ne vaut pas piécette. Il arrive souvent quand ils sont redevables, Qu'on les ait dépannés ou sortis de l'ornière, Les gens qui imploraient, très vite, s'exonèrent Du bon samaritain qu'ils jugent alors pendable. Ils se convainquent vite, qu'il faudrait qu'on le pende, L'accusent, trouve toujours quelqu'un qui les entende. __ La guêpe avait raison d'annoncer son outrage. Moi-même, ne suis-je pas accusé sans une preuve De n'être point capable du plus petit ouvrage La nature m'a confié une tâche essentielle, Comme elle fit aux abeilles le don de faire du miel Ou manger des souris, un devoir aux couleuvres. Pour méconnus qu'ils soient, je rends bien des services. Pour autant, peut me chaut qu'on me dise merci, Qu'on vante mes mérites ou qu'on me rengracie. Mais qu'on arrête, un peu, de me faire préjudice, Au prétexte que je pique quelquefois l'importun Quand il passe sans me voir et vite son chemin.
|