La fouine : Martes foina
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La fouine (Martes foina)



Voilà ! vous êtes chez moi.

_______________Tout ça, c'est mon domaine.
Et il est assez vaste pour que je m'y promène
Quand le soleil se couche jusqu'à ce qu'il rougisse...
Dès que le jour se pointe, il faut que je m'enfouisse
Au plus sombre, sous le toit, pour éviter le pire...
La trop vive lumière qui brûle les vampires !

Elle fatigue mes yeux et même m'hypnotise.

Je me souviens encore comme si c'était hier
De cette nuit-là où vous vîntes par surprise.
Vous braquâtes sur moi une lampe torchère
Qui me figea sur place, totalement inhibée,
Incapable de fuir et vous qui m'approchiez...
Vraiment si près de moi que j'aurais pu vous mordre !

Je l'aurais fait, sans doute, mais j'avais le désordre
Qui nous fait tous les nerfs hyperpolarisés,
Les synapses bloquées, les muscles tétanisés,
Une paralysie du locus genouillé,
Au moins deux surrénales cortico-médullées,
La boule à l'estomac au bord de la nausée
Et trois gouttes de pipi qui m'ont mouillé les pieds.

Vous vous êtes assis. Vous m'avez observée
Et puis laissé partir. Je le fis brusquement.
Je fus très perturbée par ce dérangement,
Au point d'en oublier de prendre mon repas.

J'ai l'embarras du choix. Je ne manque ni de rats,
Ni même de pigeons qui vivent dans ce moulin
Dont je connais par cœur les poutres et la charpente,
Qu'à part moi et ma mie, aucun fantôme ne hante,
Ni celui du meunier qui s'appelait Mathurin
Qui caressait les filles au tic-tac du moulin,
Ni celui d'une bergère qui venait moudre son grain,
Repartait chez son père avec son sac si plein,
Ou de son âne Martin qu'un loup assez malin
Dévora un matin à la queue du moulin.

Une ferme près des bois de Trémelin, Inzinzac Lochrist.