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Aborder par la terre la falaise où je niche N'est, certes, pas aisé. Il vous faut traverser Des étendues désertes de toundras dénudées, Des rivières glacées et longer des corniches Où la roche éboulée roule comme pois chiche Cherchant à chaque instant à vous assassiner. J'habite une colonie dont je pense qu'elle est La plus en latitude qu'on puisse imaginer. Ma falaise est abrupte et de roches noircies Qui sont comme les marches d'un immense escalier Sur lesquelles patientent nos enfants affamés Qui s'étonnent encore de n'être plus nourris. Beaucoup ont déserté leur nid de laminaires. Certains sont déjà loin comme des points sur la mer Que l'on rejoint parfois. On ne s'en occupe plus. Ils sont bien assez gras et il faut qu'ils apprennent À vite s'envoler pour qu'ils plongent et qu'ils prennent Tout seuls des lieus, des labres et des petites morues. Au pied de la falaise, des ombres imprécises En habit de linceul, fantômes imprévus, Croisent en profondeur, remontent et vaporisent Un mélange de vapeur et de gaz carbonique. Sont-ce des bélougas ? Les narvals ont des piques ! Ils s'évanouissent déjà, à peine entrevus. Des phoques, au soleil, s'éventent d'une patte. Un gerfaut fait l'écho de son cri sur la crique. Soudain la brume épaisse envahit tout l'espace, Se répand en volutes, accroche ce qui dépasse, Partout insinue ses gouttes microscopiques, Plus froides que la mort. _______________Alors, elles vous rattrapent.
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