Le flamant rose : Phœnicopterus ruber
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Le flamant rose (Phœnicopterus ruber)



Des nuages de moustiques recouvrent la façade
D'un petit mas blanchi et maintenant tout sombre…
Un moustique de plus, sûrement il s'effondre.

Je sens confusément qu'ils vous rendent maussade
À bourdonner ainsi autour de vos oreilles,
Cherchant à vous piquer, partout, même les orteils,
Protégés pour l'instant de leurs cruelles piqûres,
Soigneusement cachés au chaud dans vos chaussures.

Nous sommes une dizaine sur un petit étang
À peine beaucoup plus grand qu'une mare de sang,
Entouré d'une ceintures de cannes de Provence
Qui se mouillent les pieds dans l'eau où elles avancent,
Espérant, à long terme, le couvrir pleinement.
Ce qu'elles ne savent pas, c'est qu'en l'évaporant,
Elles mourront asséchées avec les feuilles froissées
Dont le bruit couvrira le cri des rallidés.

Nous sommes agités, ne cessons de sauter
Comme pour nous envoler et retombons de suite.
Pour ne rien arranger, ne cessons de crier.
Nous agitons la tête et déroulons le cou.
Nous nous courons après. Nous nous mettons en fuite.
D'ordinaire si placides, nous sommes des chiens fous.

Vous l'aurez deviné, nous sommes adolescents
Et l'amour nous agite, nous remue tous les sangs,
Mais trop jeunes encore pour convoler en noces.
Ne sommes pas curé ou rabbin hassidite,
Dont on dit que la foi, au moins le sacerdoce,
Leur conserve l'âme pure, sinon Satan l'habite.

Alors, pour apaiser le feu de nos hormones,
Nous jouons aux pariades, à l'amour, les prémices,
Filtrons des artémias, des daphnies, des cypris,
À l'abri du regard des parents qui sermonnent.

Salins du Vic, Montpellier.